Le Juste respect de l’autre
Texte de Malek Chebel , Anthropologue, spécialiste de l'Islam, à l'occasion de l'entrée au Panthéon des Justes et de l'hommage du Président Jacques Chirac, le 18 janvier 2006.
Dans ses Lettres persanes au XVIIIe siècle, Montesquieu faisait dire à un de ses personnages : "Ah ! Ah ! Monsieur est Persan ! C'est une chose bien extraordinaire ! Comment peut-on être Persan ?"
En fait, derrière cette exclamation un peu badine, se profile une interrogation essentielle. Elle est formulée, il y a bien longtemps, le philosophe chinois Lao-Tseu, qui a su faire aimer le Taoïsme aux occidentaux, disait : « Connaître les autres, c'est sagesse. Se connaître soi-même, c'est sagesse supérieure. »
Une dialectique redoutablement fine agit entre la connaissance respectueuse d'autrui et la connaissance de soi-même. Elle est le moteur de la diversité humaine. Je dois dire que dans ce domaine, nous sommes un peu situés entre Lao-Tseu et Montesquieu, c'est-à-dire entre la peur de l'autre que je subis - parce que je ne le connais pas - et la volonté de transcender cette peur par une meilleure connaissance, au sens où je me reconnais en lui. Pas de respect d'autrui, donc, dans un contexte ou la pluralité est niée, peu considérée.
Allons plus loin. Sans une certaine dose d'auto appréciation, le respect d'autrui n'a qu'une valeur limitée et peu sincère. Il faut de l'authenticité et du courage pour se penser à travers autrui, et pour en accepter l'augure. Mais qui est cet "Autre" qui tient une part si essentielle de ma vérité ?
L'Autre, c'est l'autre, autochtone ou étranger, proche ou éloigné, qui, mis en interaction avec moi-même, me donne de l'épaisseur et de la dignité. Si une part de ce "moi-même" lui appartient, cela le rend partiellement responsable de ce qui m'arrive.
Telle est la problématique soulevée par les Justes : risquer sa vie en protégeant celle des autres, cela signifie que l'autre est aussi important que soi-même. Une telle translation de responsabilité induit évidemment un altruisme qui dépasse la bravoure simple, le courage, le calcul. Elle signifie que l'humain doit prévaloir à toutes les formes de barbarie, indépendamment des visages, souvent trompeurs, que celles-ci arborent.
Emmanuel Lévinas soutient que l'Etranger, "l'absolument étranger", est le seul à pouvoir nous apprendre quelque chose sur nous-même, et Sartre, dans L'être et le néant, n'est pas loin de le penser aussi. Alors, nécessaire, l'Etranger ?
J'en suis persuadé. J'ajoute que tout être en péril est plus proche encore de notre humanité profonde. Enfin, le respect d'autrui comme condition d'émergence de la pluralité humaine me parait un combat actuel.
Il faut prendre exemple sur ces justes pour livrer nos batailles humaines d'aujourd'hui. Bravo à eux et à ceux qui, dans leur sillage, militent en France pour une citoyenneté exemplaire, une modernité des usages politique et une équité au plan économique.
L'exaltation de cette tolérance et de ce respect vient d'un constat simple, celui d'un "singulier" qui serait mû par des valeurs communes et qui se con
Merci Malek Chebel pour cette réflexion !
JeB 30 03 2007 (Demain : une surprise...)
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