Je reprends (en le fractionnant en 3 parties) un article publié dans le Monde du 12 mai, sous la signature de Amitai
Etzioni, sociologue, professeur à l'université George-Washington (Washington DC) et
traduit de l'anglais par Myriam Dennehy Une analyse originale de la situation que je trouve assez réaliste.
Le second volet de l'argumentaire soulève des enjeux plus délicats, qui concernent tout aussi bien d'autres nations : Israël, contenu dans ses frontières de 1967, devrait s'ouvrir au
multiculturalisme. C'est-à-dire renoncer à ses valeurs juives pour devenir un Etat culturellement neutre, capable d'assurer l'intégration de plus d'un million de citoyens arabes (soit environ un
cinquième de la population israélienne). Cela permettrait par la même occasion aux juifs laïques de s'affranchir de ce qui est perçu comme un régime rabbinique oppressif. (Aujourd'hui, en Israël,
on ne peut pas se marier, divorcer ni être enterré sans en référer à une autorité religieuse, juive, musulmane ou autre.)
Ces considérations semblent pourtant négliger le fait que toutes les nations, fussent-elles aussi vastes que les Etats-Unis ou la Chine, ont chacune au moins quelque chose en commun : des
valeurs, une histoire, une identité partagée. Si l'on en faisait des Etats neutres, elles seraient dépossédées de la dimension positive que nous apportent les communautés. Cette dimension ne doit
pas être sous-estimée : on peut être prêt à mourir pour sa patrie, s'indigner personnellement de l'entendre dénigrée ou, tout simplement, éprouver de la fierté à voir ses compatriotes remporter
une compétition internationale ou une médaille aux Jeux olympiques.
Les défenseurs des droits individuels prétendent que les valeurs communes des Israéliens juifs se sont de toute façon dissoutes, et que même les autres nations n'ont que de vagues notions de leur
culture commune : au Royaume-Uni, la notion de "britishness" ("britannicité") se résumerait à un goût immodéré pour la bière tiède et le cricket. On constate néanmoins que les nations
dépourvues de valeurs fédératrices fortes s'exposent à des sécessions (comme au Canada ou en Espagne) et peinent à mettre en place une politique nationale qui exige des sacrifices pour le bien
commun.
D'ailleurs, toute nation digne de ce nom a bien une certaine orientation culturelle. Vous pouvez ricaner en entendant parler de l'Europe comme d'un continent chrétien, le fait est que le repos
dominical y tient lieu de règle (et non le shabbat juif ou le vendredi des musulmans), les vacances suivent le calendrier des fêtes chrétiennes, et même les manuels scolaires ainsi que divers
rites publics véhiculent des valeurs chrétiennes.
Jean Bisson 18 05 2008 (demain suite et fin de cet article)


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