On pourrait faire un très long exposé des cas d’anthropophagie, à travers les siècles et dans la plupart des civilisations, avec malheureusement des cas contemporains.
A notre époque, où les moyens de communication – tel internet – ont balayé certaines frontières, une éthique tente de s’universaliser. Une  conscience  mondiale peut émerger. Ce que nous appelons «les Droits de l’homme», peuvent être proposés par des organismes internationaux. C’est toute la conscience humaine qui tend vers une standardisation. Dans cette perspective, les tribunaux internationaux qui jugent les «crimes contre l’humanité»  sont le signe d’une référence universelle (ou, du moins qui tend à le devenir…) pour éradiquer définitivement tout acte d’anthropophagisme.
Quand un adepte des «Témoins de Jéhovah» refuse pour lui-même ou pour l’un de ses proches la transfusion sanguine qui pourrait le sauver, nous pensons qu‘il commet une action criminelle. Or, pour lui, recevoir le sang d’un autre, c’est assimilé à un acte de cannibalisme...
Restent en débat les situations exceptionnelles qui pourraient - aujourd'hui encore - pousser des groupes humains à recourir à l'anthropophagie, dans les cas de famines et dans les situations de survie ponctuelle d'un groupe ou d'un individu isolé. On peut comprendre, même si on le désapprouve, ce recours extrême dans un cas extrême.
Ce sont des débats éthiques, du même ordre que ceux sur l’euthanasie, la peine de mort, l’avortement médical…
Les famines, et peut-être demain le manque d’eau potable, pourraient-elles  plonger l’humanité dans l’horreur de l’anthropophagie? Oui, pensent certtains, si nous sommes incapables de répartir équitablement les ressources de notre terre. Et je citerai ce texte étonnant de Georges Clémenceau  (1841-1929) qui décrivait à la fin du XIX° siècle, un marché africain : «On trouve sur les marchés d’Afrique équatoriale des individus, hommes et femmes, sur lesquels chacun marque le morceau qu’il désire acheter. Lorsque tout est vendu, la personne est abattue, découpée et les morceaux distribués aux acheteurs.» Il achevait sa narration par cette confondante conclusion : «Si nous apportons, avec la civilisation, l’interdiction du cannibalisme, n’allons-nous pas les condamner à la famine ?».
Pour ne pas terminer sur ces pensées tragiques, laissez-moi évoquer un dernier aspect : l’utilisation «éducative» que l’on a fait longtemps, d’une part dans les contes pour enfants, de la menace de l’ogre qui viendrait manger le bambin s‘il n’était pas sage… et d’autre part dans certains récits, telle la légende vien connue de Saint Nicolas, redonnant vie aux trois malheureux petits enfants dont le méchant hostelier avait rempli son saloir…

L’anthropophagisme fait bien partie de notre culture !  Si la conscience humaine met du temps à progresser, force est de constater qu'il faut parfois fort peu de temps pour qu’un individu ne retombe dans cette barbarie.

Jean Bisson 29 04 2008
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