2 mai 2012 3 02 /05 /mai /2012 23:01

Ce n'est certes pas la nouvelle trinité... mais c'est un trio de réalités qui aujourd'hui me semble de plus en plus écartelé. C'est le Président des Semaines sociales de France, Jérôme Vignon, qui déclare dans un article signé par Arnaud Gonzague (du 23/04/2012) que "La majorité des catholiques pratiquants est en décalage flagrant avec la doctrine sociale de l'Eglise" et qu'il n'est pas étonné que " les catholiques pratiquants votent plus à droite que la moyenne des électeurs français"...

 

Il souligne que ce décalage existe depuis plus d'un siècle: dès 1904, dès la fondation des "Semaines sociales", une conséquence de l'encyclique Rerum Novarum" (1), il y a eu des réticences. Mais elles s'étaient atténuées dans les années 1960-1970 grâce au Concile Vatican II. Depuis, durant ces vingt dernières années, les divergences se sont à nouveau creusées car "la société s'est émiettée, l'individualisme a pris une place accrue..."

 

C'est caractéristique autour du problème de l'immigration : " Nous défendons sur ce point une vision d'hospitalité assez audacieuse qui n'est pas, à l'évidence, partagée par la majorité des catholiques pratiquants français. Que n'avons-nous entendu ! Nous avons toujours été un peu regardés comme acteurs d'une démarche un peu prophétique, qui défend des directions d'avenir assez ambitieuses. Mais aujourd'hui, on nous traite parfois en hurluberlus coupés des réalités."

 

L'évangile n'est jamais simple à mettre en œuvre... Dialoguer, expliquer ses convictions, montrer comment les orientations et décisions  que l'on propose découlent d'une stricte lecture évangélique et des principes de la doctrine chrétienne ne convainc plus facilement la masse des Chrétiens (2).

 

L'avenir est incertain. La tendance traditionaliste pousse sans aucun doute vers une doctrine plus frileuse et moins ouverte au dialogue interreligieux. Pour moi, c'est un recul. Un replis. Une peur d'affronter l'altérité. Une paresse aussi de remettre ses propres certitudes en question. Et les progrès actuels de l'extrême droite surfent sur cette même tendance, se nourrissant de la peur de l'altérité, se cuirassant dans une fausse supériorité, se justifiant par un stérile recours à la loi, à la force ou à l'intimidation.

 

Il est vrai qu'avoir chaque jour à se justifier de ce que l'on pense, de ce que l'on dit, de ce que l'on écrit, ou de ce que l'on aime arrive à fatiguer et à souhaiter se retirer dans sa caverne, comme le fit Platon, ou au désert comme le firent maints Prophètes, et Jésus, et Mahomet, et tous les Pères du désert... Le désert absolu restant l'incontournable et froid silence de la mort.

 

Jean Bisson - 03 05 2012

 

1- Texte du Pape Léon XIII sur l'évolution de la société et la "doctrine sociale" de l'Eglise. Une nouveauté mal acceptée pour son modernisme par les Chrétiens de l'époque (surtout la bourgeoisie...)

 

2- Le peuple des baptisés ne possède souvent qu'une culture biblique et évangélique très sommaire quand elle n'est pas erronée! Beaucoup en sont restés au niveau très léger des notions ingurgitées entre 8 et 11 ans à raison d'une heure par semaine, soit à peine une trentaine d'heures annuelles! Et le niveau des catéchistes est souvent lui-même assez limité et livresque !

 

 

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