30 juin 2010 3 30 /06 /juin /2010 23:03

Ce que le Jour doit à la nuit : de Yasmina Khadra (suite du 30 juin)

Extraits N°1 des pages 323 à 325

 

« Jaime Jimènez Soza rentrait d’une promenade équestre.(…)

-C’est quoi le problème, Jonas ?

-C’est un peu compliqué…

-Va droit au but !

-C’est à propos de Jelloul ; il y a sûrement un mal entendu…Jelloul est peut être innocent. (Arrêté pour meurtre)

-Tu parles ! J’emploie des Arabes depuis des générations. Je sais ce que c’est ; tous des serpents. Cette vipère a avoué. Il a été condamné. Je veillerai personnellement à ce que sa tête tombe dans le panier. (…) C’est très sérieux, Jonas, Il ne s’agit pas d’un coup de gueule, mais d’une vraie guerre. Le pays vacille et ce n’est pas le moment de ménager le chou et la chèvre.(…) Tout salopard qui tombe entre nos mains doit payer pour les autres…(…)

 

Lorsque mon arrière-grand-père a jeté son dévolu sur ce trou de cul, il était certain de mourir avant d’en tirer le moindre profit ! J’ai des photos à la maison. (…) Il a retroussé ses manches, fabriqué de ses 10 doigts les outils dont il avait besoin, et il s’est mis à défricher, à sarcler, à débourrer la terre … Galère le jour, bagne le soir, enfer en toutes saisons.(…) Grâce à ma famille, Jonas, grâce à ses sacrifices et à sa foi, le territoire sauvage s’est laissé apprivoiser. De génération et génération, il s’est transformé en champs et en vergers Tous les arbres que tu vois d’ici racontent un chapitre de l’histoire de mes parents. Chaque orange que tu presses te livre un peu de leur sueur, chaque nectar  retient encore la saveur de leur enthousiasme… (…)

Ce pays nous doit tout. Nous avons tracé ses routes, posé ses rails de chemin de fer jusqu’aux portes du Sahara, jeté des ponts par dessus les cours d’eau, construit des villes plus belles les unes que les autres, et des villages de rêve au détour des maquis. Nous avons fait d’une désolation millénaire un pays magnifique, prospère et ambitieux, et d’un misérable caillou un fabuleux jardin d’Eden. Et vous voulez nous faire croire que nous nous sommes tués à la tâche pour des prunes ? 

Nous avons trouvé une contrée morte, et nous lui avons insufflé une âme. C’est notre sang et notre sueur qui irriguent ses rivières. Personne, Monsieur Jonas, je dis bien personne, ni sur cette planète, ni ailleurs,  ne pourrait nous dénier le droit de continuer à la servir jusqu’à la fin des temps !(…)

Nous ne céderons pas. L’Algérie est  notre  invention. Elle est ce que nous avons réussi le mieux et nous ne l'abandonneront jamais.

(suite demain 02 juillet, la réponse de Jonas - Jonas traduction française de Younès).

 

Jean Bisson –  01 07 2010

 

 

 

 

                                                           

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