4 décembre 2010 6 04 /12 /décembre /2010 00:02

Les résultats des élections présidentielles qui viennent d’avoir lieu en Côte d’Ivoire dimanche dernier ont été proclamés mercredi soir peu avant minuit. Ce scrutin arrivait avec 5 ans de retard, temps durant lequel que le Président Gbagbo avait donc occupé "illégalement" (du moins en contradiction avec la constitution ivoirienne)  le pouvoir…

Au terme du délai constitutionnel, les résultats proclamés ont fait surprise: le président de la Commission électorale (commission sous contrôle de l'ONU) a annoncé que Alassane Ouattara avait obtenu 54,1% des suffrages, contre 45,9% au président sortant Laurent Gbagbo.

Le parti de l’opposition, mené par le musulman du nord Ouattara, est donc certain d’avoir  gagné démocratiquement ces élections avec une incontestable majorité. Il semble d'ailleurs soutenu par le Président Sarkozy qui l'a félicité.

Le parti du président sortant, plus représentatif de la région forestière baoulée du sud à large majorité chrétienne, et qui détient l’armée et la police, affirme que les urnes du Nord ont été truquées …

Ces résultats devaient encore être validés par le Conseil constitutionnel ivoirien. Cet organisme est composé d’amis du Président sortant. Coup de théâtre prévisible: le Conseil constitutionnel a déclaré le président Gbagbo élu, en annulant les soi-disantes urnes truquées. 

Le couvre-feu était déjà de règle à Abidjan, depuis dimanche dernier. Depuis que les résultats de la Commission électorale (officiellement reconnus par l'ONU) et les contre-résultats proclamés par  le Consil constitutionnel) sont proclamés, la Côte d'Ivoire se trouve donc avec 2 présidents ! Ouattara reconnu par l'ONU, et Gbagbo imposé par le Conseil Constitutionnel. Tous les médias étrangers sont bloqués : radios et TV sont brouillés,  la presse n’entre plus. Frontières fermées, le pays est isolé. Internet semble rester le seul espace encore ouvert.

Aucun des deux leaders n’acceptera sa défaite. On entre donc dans un conflit ouvert, et tout le pays va se retrouver à feu et à sang. Comme toujours le petit peuple paiera l’ardoise…

Je suis pessimiste sur l’avenir immédiat. J’y vois l’occasion de ressusciter les rivalités au niveau des éthnies et d'attiser les divisions entre chrétiens et musulmans (alors que la population est restée avant tout animiste !). Naturellement cette situation ouvre aussi la porte à toutes les possibilités de "règlements de compte" politiques et privés !

Que peuvent penser mes anciens élèves de Dimbokro, qui ont aujourd’hui entre 55 et 60 ans (c’était dans les années 1967-1969) ? Tous étaient issus des diverses éthnies, louable effort du vieil Houphouët Boigny pour faciliter la naissance d’un sentiment d’unité nationale. C’était en effet 63 ethnies qu’il fallait cimenter pour en faire un seul peuple et construire une nation ivoirienne s’ouvrant à l’indépendance, à la souveraineté et à la démocratie! Le vieux sage doit se retourner dans sa tombe !

La France aujourd’hui exhorte les acteurs ivoiriens à tout faire pour permettre un climat politique apaisé et serein.  Ce vœu pieux risque fort de rester lettre morte. Deux présidents, chacun se sentant légitime, c'est peut-être cornélien, mais c'est sûrement dramatique.

Jean Bisson – 04 12 2010

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