22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 23:02

(suite des 15, 16 et 22 octobre)

La troisième cause de l’islamophobie est liée au fait que l’Occident, malgré sa puissance et des acquis prodigieux, est confronté aux impasses de la déshumanisation, de la dé-signification et de la marchandisation de l’existence. Les musulmans sont pris comme boucs émissaires. D’autant que l’Islam reste le témoin de la spiritualité, l’autre version de l’humain perçue comme concurrente, qui résiste à la déshumanisation et à la volonté d’hégémonie totale.

Paradoxalement, malgré ses difficultés, l’Occident vise l’occidentalisation du monde, qui est un pari impossible, car cela demande d’abandonner des valeurs qui ont fait leur preuve, pour une appartenance ambivalente, problématique et compromise.

La quatrième cause de l’islamophobie a trait aux réactions aveugles de ceux qui usurpent le nom de l’Islam, le terrorisme des faibles qui nourrit la bête immonde anti-musulmane. L’apparition de courants fondamentalistes et extrémistes dans nos pays, phénomène favorisé par des facteurs internes et un soutien de l’extérieur, a alimenté l’islamophobie.

Le monde musulman, par-delà son hétérogénéité et ses potentialités, empêtré dans le repli, les luttes intestines et une décadence, a des difficultés à se réformer, à réaliser la ligne médiane, authenticité et progrès. Il cherche rarement à remédier intelligemment à l’islamophobie. Sous prétexte que la question est politique ou mafieuse et non religieuse, il sous-estime les effets sur la mémoire collective occidentale de la peur du terrorisme des faibles et le poids des attentats du 11 septembre, et d’autres, comme à Madrid et Londres.

Cependant, des initiatives historiques, pour relancer le dialogue des religions et des cultures, eurent lieu comme ma rencontre avec le pape, puis la lettre, dirigée par la fondation d’Amman «Ahl Al-Bayt» en Jordanie, des 138 savants musulmans, aujourd’hui plus de 500, où on appelle les dignitaires des autres religions à une «Parole commune» pour le bien de l’humanité. La Turquie et l’Iran avec Khatami proposent des forums sur ce thème. Le roi d’Arabie, gardien des Lieux Saints, organisait en 2008 un congrès mondial à Madrid et à l’ONU sur la question.

L’Algérie terre de symbioses intenses des cultures et des civilisations, de son côté, a toujours soutenu le rapprochement des peuples et le dialogue des civilisations, des cultures et des religions. Comme le symbolisent ses textes politiques de références, de 1954 à ce jour, et les discours du chef de l’Etat à New York en 2000, à l’Unesco en 2005 et à la Sorbonne en 2003. Sans oublier le colloque international d’Alger en 2001 sur le théologien philosophe algérien saint Augustin et les nombreuses conférences sur le dialogue. Le sujet est devenu un enjeu des relations internationales.

Les Occidentaux sous-estiment l’impact des discriminations à l’égard de leurs citoyens musulmans, l’impact du terrorisme des puissants que subissent des peuples en Irak, en Afghanistan et ailleurs, l’impact de l’impunité d’Israël en Palestine. De plus, le nombre de pertes de vies musulmanes, victimes à la fois du terrorisme des faibles et des puissants, est 1000 fois supérieur au nombre de victimes occidentales. On ne compte pas les morts de la même manière, alors qu’une vie égale une vie.

Mustapha CHERIF 

Vous avez lu ce plaidoyer d'un intellectuel algérien qui cherche le dialogue, dans le respect de ses convictions culturelles et religieuses. Sa sincérité ne peut être mise en doute. Je publierai bientôt un appel émanant d'une source anonyme mais qui circule sur le net : un appel, pour moi inacceptable ! Donc à bientôt.  

Jean Bisson

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