30 août 2010 1 30 /08 /août /2010 23:01

Je ne peux quitter mes brèves sur la "Très Sainte Vierge Marie" sans vous faire partager "CLAIR DE FEMME", de Paul BAUDIQUET (Prix de l'Académie française 1988). Paul, l’un de mes initiateurs à l’émotion artistique, était un ami et, s’il a trop tôt rejoint la Maison du Père, du moins me reste-t-il ses livres et les merveilleux souvenirs de nos échanges.

Jean BISSON 31 08 2010

 

Au sommet de l'univers, dans la gloire de son Fils, Dieu plante une femme.

Une femme vêtue de soleil, nue comme la lumière, éclatante comme le feu,

les pieds posés sur un croissant de lune, la tête couronnée d'étoiles, comme d'une constellation.

  

Splendeur de la femme, Visage et Corps de Dieu, une fois dans l'année, au beau milieu de l'été, 

nous te célébrons.

 

A cause de Toi, bénie entre toutes, toutes les autres en toi sont bénies.

Et les hommes avec elles, issus d'un ventre maternel.

Et parmi eux ceux qui méprisent et ceux qui déprécient parce qu'ils ont peur - pour leur "vertu" - 

et plus encore pour leur pouvoir : 

ô gens d'église !

 

En ces temps de mépris et de peur, nous aurions mauvaise grâce de célébrer Marie

sans reconnaître et magnifier la plus humble, la plus méprisée, la plus oubliée à l'égal de la plus sainte.

Jésus a eu ce respect : il suffit, pour s'en convaincre, de relire l'Évangile au féminin de Dieu.

Je crois en ce Dieu 

qui nous a façonnés tous les Deux, 

Toi, la Femme et Moi, l'Homme, dans cette différence 

qui est la marque de nos cœurs, 

autant que celle des corps, 

jusqu'à la fin des temps.

Et même si l'entreprise ne va pas sans risques, la merveille l'emporte : l'inégalée rencontre de l'homme et de la femme innocente le jour.

Car la différence fonde aussi la distance, l'infrangible distance qui empêche à jamais de se "fondre"  

ou de se confondre, 

c'est-à-dire de s'abolir.

Sus à ceux qui imposent de leur ressembler, détenteurs de modèles et de bons exemples.

Qu'ils me laissent aller mon chemin, où qu'il me mène ...

Qu'il leur suffise de m'espérer et de m'attendre assez pour que l'envie me vienne, irrésistible, de m'aimer à mon tour.

Je crois en Jésus, un petit homme, né comme tout homme d'un ventre maternel : le vouloir amoureux aimante Dieu vers une femme 

qui de tout son corps et de tout son cœur 

lui dit Oui.

Un Oui qui vient du fond des âges, et se destine jusqu'au dernier des vivants.

Désormais le plus infirme, le plus infime des désirs, s'il est vrai, inscrit sa trajectoire dans la courbure immense d'un autre Désir.

Et la présence de Dieu au ventre d'une femme interdit à jamais toute dérision, tout mépris, tout interdit, hormis celui de ne pas aimer. Et fonde l'amour sur une autre chose que la satisfaction d'un devoir accompli, fût-il le plus tristement  conjugal. 

Je crois en ce fils de Marie qui savait, qui aimait écouter les femmes, passer du temps avec elles et se réjouir de leur présence.

Sa mère et beaucoup d'autres en savaient plus long sur son cœur que bien des mêmes farauds d'hier et d'aujourd'hui qui furent et qui demeurent malgré tout ses disciples.

Aucune doctrine, aucun dogme, n'épuisera jamais ce qui se devine d'un cœur vivant qui s'avance jusqu'au bout de lui-même à la rencontre d'un autre cœur et qui se reçoit de lui.

Je crois en cet homme fatigué assis, sur le coup de midi, à la margelle d'un puits et qui se désaltère à la fontaine scellée qu'est le cœur d'une femme;

La Samaritaine n'était pas n'importe qui : les disciples restent à distance, intrigués, scandalisés, envieux peut-être; il "ose" !

Jésus a osé faire confidence à la femme aux six maris des ultimes ressources qui irriguaient son cœur.

Et il fut entendu, 

tellement entendu que ce fut 

comme une traînée de poudre.

La "Marie-couche-toi-là" n'a plus de honte, ni de peur : c'est l'aveu désormais qui fonde son identité et sa reconnaissance.

"L'homme qui est là m'a dit tout ce que j'ai fait et je n'en ai reçu aucune humiliation ... Il me respecte, il m'entend, il m'emporte bien au-delà des sales murailles de vos regards et de vos mains ..."

Ceux qui la montraient du doigt, qu'ils sachent que c'est Dieu qui se désigne en elle à l'attention des pharisiens que nous sommes.

Je crois en ce nommé Jésus qui se laisse envelopper par un parfum de femme.

On n'était pas non plus chez n'importe qui : Simon, un homme distingué s'il en fut, et des convives du meilleur monde; Il vont être "servis" . Jésus met les pieds dans le plat. Il insiste ... "Qui m'a lavé les pieds ( de ses larmes ) ... c'est Elle !

Qui m'a essuyé ( de ses cheveux ) ... c'est Elle !

Qui m'a embaumé ( du parfum de son cœur ) ... c'est Elle !

Et toi ... et toi ... et toi ...

Vous pouvez toujours vous pousser du coude et rire sous cape ... "

Jésus ose mettre parallèle la folie  aimante d'une femme et le béton armé des bonnes consciences 

et des instances qui les façonnent.

Pas étonnant qu'il  s'en soit trouvé plus d'un  parmi tous ceux-là pour l'aider à mourir;

En attendant, Jésus s'en donne à cœur joie : il guérit, il pardonne, en un mot, il "re-suscite" tous ceux - toutes celles - qu'il touche et des yeux et du cœur;

Voici l'adultère ( le même mot désigne indifféremment l'homme ou la femme mais quelle différence dans l'appréciation ... ).

Celle-ci était femme, condamnée à crever sous un monceau de mépris et de honte tellement plus homicide que les parpaings de la lapidation.

Là encore Jésus ose; et d'un seul mot il lui sauve la vie : "Que celui qui est sans péché lui lance le premier caillou ..."

Et les voilà qui se faufilent et qui s'effacent à qui mieux mieux, à commencer par les plus vieux.

 

Jésus guérit la femme 

qui n'avait d'autre impureté 

que celle, dûment légalisée, 

de perdre son sang de femme. Ce sont toujours les hommes qui inventent les "impuretés légales"; ( à croire qu'ils voudraient se venger du ventre qui les a portés).

Jésus lave cette femme de toute infamie; c'était aussi mal vu, à l'époque, d'avoir des pertes  qu'aujourd'hui d'échouer psychologiquement.

 

Et c'est encore une femme, Marie, la Douce Madeleine, qui la première, recevra confidence et certitude de la résurrection. Il lui suffira d'entendre de nouveau prononcer son nom : "Marie!". Son cœur bondit à cette infime alerte d'or : "Rabouni ! "

Et les voici ensemble et pour toujours sur une terre jeune et libre.


Pas étonnant que Jésus parle de Dieu, comme une mère-poule qui rassemble ses poussins sous ses ailes. Et que, pour dire l'Esprit, l'hébreu emploie un nom féminin.

 Quant aux mains posées sur les épaules du fils perdu et retrouvé, l'une est une main d'homme,  

mais l'autre est longue et fine 

comme une main de femme.



Dieu est mère autant que Père : père dont le nom est Père et presque dont le nom est Mère et mère qui s'appelle infiniment Femme.

 Qu'on aime aussi comme on aime une femme, pour cet accomplissement léger de son bras 

sur le nôtre 

et cet aller ensemble, 

dans la simple quiétude de marcher en silence.

 Quand ça fait tant bonheur de n'en jamais finir d'être aimé et d'aimer.

Paul Baudiquet

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