31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 23:01

Je reviens sur Ruth. Je rappellerai que la famille juive d’Elimélek ( Mon Dieu est Roi ) avait dû émigrer à cause d’une famine. Son épouse juive Naomi (La Gracieuse ) lui avait donné 2 fils : Mahlôn (Maladie) et Kilyôn (Fragilité). Dans leur exil, Mahlôn, l’aîné, avait épousé Ruth (une Moabite) et son frère cadet Kilyôn avait épousé Orpa (également Moabite). Parce qu’ Elimélek mourut ainsi que ses 2 fils, Naomi, devenue veuve,  décida de rentrer en son pays, invitant ses belles filles à rentrer dans leurs propres familles, ce que fit Orpa, mais ce que refusa Ruth qui préféra s’attacher au Dieu de son mari. Belle expression de liberté et de conversion. Dans la généalogie du Jésus, descendant du roi David, il est important de savoir que le roi David est le petit-fils de Ruth !

Symboliquement, ce « livre de Ruth » doit être interprété. Plusieurs interprétations sont possibles. 

Une lecture, fragmentaire et littérale, peut tirer partie de l’histoire de Ruth pour n’en retenir que la malédiction divine sur Moabites et Ammonites (que certains généraliseront aujourd’hui par « Islam, Musulmans »). Cette malédiction devient justification d’un comportement actuel anti-arabe… C’est ce que j’appellerai une «lecture fondamentaliste» ; elle conduit à une fausse justification théologique : tout conflit d’Israël contre une nation arabe devient alors une volonté divine incontournable ! Il est évident que cette interprétation pernicieuse est condamnable et que je la rejette. 

Une lecture symbolique et globale de l’histoire de Ruth permet au contraire de se réjouir à plusieurs niveaux :

a-       pour éviter la famine qui régnait alors (en terre d’Israël), Elimélek partit avec son épouse Naomi et ses 2 fils en pays Moabites où ils furent accueillis, où les fils épousèrent des filles Moabites. (C’est, entre parenthèse, un bel exemple d’accueil de l’étranger de la part de tribus arabes, illustration que l’Occident ferait bien de méditer …)

b- après la mort des 3 hommes, les veuves, pour survivre, doivent trouver de nouveaux époux ou retourner dans leurs familles d’origine. On peut y relever, évidemment liée à la tradition de cette époque,  l’impossibilité économique des femmes à rester seules, mais on y voit aussi leur liberté de choisir de retourner dans leur famille d’origine, ou comme le choisit Ruth – et  cela devient exemplaire, d’épouser la famille et les traditions, voire la religion, de son époux. 

Dans cette lecture symbolique, la femme veuve choisit son camp, dans la liberté et dans la dignité. Ce n’est pas pour obéir à une loi, fut-elle divine. Dès qu’Adam se fut exclu du Paradis par sa désobéissance (autre symbole mythique), Dieu a lui, toujours respecté le jeu de la liberté humaine. 

Toute créature est libre. La femme, comme l’homme. C’est ce qui fait la dignité de l’espèce humaine. C’est ce qui, en revanche, s’il est croyant, confère à tout individu la responsabilité de répondre devant Dieu de l’emploi de sa liberté humaine, de la justice qu’il a ou non exercée, du respect qu’il aura manifesté à l’autre qu’est son prochain et plus particulièrement à la veuve, à l’orphelin et à l’étranger. 

Cette manière de lire les Saintes Ecritures, de tenir compte du symbolisme culturel de l’époque, de ne pas tenter d’abriter (ou de justifier) mes idées du monde en m’alignant derrière une malédiction divine pour juger une situation qui m’arrangerait aujourd’hui, me semble la seule explication respectueuse à la fois de l’idée que je me fais du Dieu d’Abraham, et de l’idée que je me fais des Droits de l’Homme, de ma liberté et de ma dignité.

Jean Bisson - 01 06 2010

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