10 juillet 2010 6 10 /07 /juillet /2010 23:01
La Violence devenue incessante est une menace pour la société indonésienne toute entière. Une longue dépêche d’ « Eglises d’Asie » fait le point sur la situation tragique des Chrétiens dans ce pays. Situation complexe, mais assurément très douloureuse. Cependant tout n’est pas blanc d’un côté et noir de l’autre ! Tant que chaque communauté ne respecte pas, en vérité, les autres communautés,  la paix ne peut exister, même dans un état qui se veut laïque. Je reprends les principaux éléments d’une dépêche communiquée par « Eglise d’Asie ».
Jean Bisson – 11 07 2010
«  De nombreux responsables civils et religieux de l'Indonésie ont demandé au gouvernement d'interdire un groupe appartenant à la frange la plus radicale de l'islamisme et dont l'influence est grandissante. « La violence du Front des défenseurs de l'islam (Front Pembela Islam, FPI) est incessante et elle représente une menace pour la société », a déclaré le 30 juin dernier Maître Ribka Tjiptaning. L'avocate a par ailleurs reproché au chef de la police nationale, Bambang Hendaso Danuri, et au Ministre de l'Intérieur, Gamawam Fauzi, leur passivité face à la gravité de la situation. Ribka Tjiptaning a également prié la Commission des droits de l'homme de l'Indonésie de statuer sur le groupe extrémiste lors de sa prochaine session plénière.

Ce groupe radical, connu depuis des années pour ses exactions à l'encontre des minorités et plus particulièrement des chrétiens, a lancé il y a peu une vaste campagne « pour l'application de la charia » et « la déchristianisation du pays ». Fin juin le FPI avait organisé à Bekasi, ville de la banlieue de Djakarta et quartier général du mouvement, un rassemblement de groupes islamiques radicaux. Selon les organisateurs, environ 2 000 militants avaient assisté à l'événement au cours duquel plusieurs « résolutions » avaient été prises afin d'enrayer l'expansion des chrétiens et faire adopter la charia.

Depuis le rassemblement, les violences antichrétiennes se sont multipliées : attaques d'églises et d'institutions chrétiennes ou encore menaces de mort, particulièrement à Bekasi où des affiches sur les murs de certaines mosquées représentent un chrétien la corde au cou, avec ces mots : « Cet homme mérite la mort. » Chapeautant des groupuscules extrémistes, le FPI s'est mis également à entraîner des militants au sein d'unités paramilitaires, toujours à Bekasi, afin de former des milices qui feront respecter la charia et « défendront l'islam contre les chrétiens ».

La situation ne doit pas cependant occulter les différends qui opposent catholiques et protestants évangéliques au sujet du prosélytisme, qui est une accusation récurrente du FPI envers les chrétiens. Malgré les dénégations des communautés protestantes qui œuvrent dans la région de Djakarta, le mouvement islamiste continue d'affirmer que les chrétiens pratiquent les conversions forcées et organisent des cérémonies de baptêmes collectifs.

Aujourd'hui l'inquiétude des chrétiens est partagée par bon nombre d'organisations, aussi bien politiques que civiles, et par différents mouvements religieux, musulmans compris. Les deux plus importantes organisations islamiques du pays, la Muhammadiyah et la Nahdlatul Ulama (NU) ont aussi demandé au gouvernement de prendre ses responsabilités et de prononcer la dissolution du FPI, au nom de la laïcité de l'Etat.

Ce dernier point rejoint les conclusions du Forum interreligieux des jeunes (composé de musulmans, protestants, catholiques, bouddhistes, hindous, confucéens) lequel prédit un grave conflit interreligieux dans tout le pays si toutes les organisations religieuses « n'unissent pas leurs forces » afin que soit respecté le Pancasila et que ne soit pas « donnée à des groupes extrémistes la possibilité de contester les lois de l'Etat ».

Enfin une coalition de députés appartenant à différents partis et regroupés sous le nom d'Indonesian Parliamentary Pancasila Caucus a également fait une demande officielle au président indonésien Susilo Bambang Yudhoyono pour que le FPI soit déclaré « organisation illégale ». « [Ce groupe] a été impliqué dans trop d'incidents violents et il y a plus de charges criminelles qu'il n'en faut pour que la police puisse les inculper », a souligné la député Eva Kusuma Sundari lors d'une conférence de presse le 28 juin dernier ( Ucanews, 1er juillet 2010 ; Fides, 2 juillet 2010 ; AsiaNews, 5 juillet 2010 ; Jakarta Globe, 5 juillet 2010).© Les dépêches d'Eglises d'Asie peuvent être reproduites, intégralement comme partiellement, à la seule condition de citer la source. 

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