1 septembre 2011 4 01 /09 /septembre /2011 23:01

Mustapha Cherif a publié sur son blog, en fin de Ramadhan, le texte d'une conférence qu'il a donnée sur le « vivre ensemble », dans le monde d'aujourd'hui. Un monde que bouleversent non seulement le « printemps arabe », mais les crises économiques et, naturellement, la crise identitaire, morale et religieuse face à la modernité. J'en reprends ce qui me paraît être l'essentiel. Bien sûr, qui voudrait lire l'intégralité du texte peut cliquer sur le lien se trouvant en colonne droite.

 

Jean Bisson – 02 09 2011


La culture de la paix - Le vivre ensemble juste


(…) Le concept de Paix en Islam est central, en plus d’être un des beaux noms de Dieu, Salam, dont l’importance est au moins égale à celui de Rahman, le Miséricordieux. (…) Le concept de paix en Islam dépasse tous les autres: il est religieux, humain, culturel et au-delà. (...)

Ce qui définit en priorité l’identité des êtres dans la Cité n’est pas la confession, le culte ou la religion, mais la citoyenneté. En effet, la sécularité et les droits humains y sont affirmés. En Islam, le ciel n’écrase pas la terre: l’homme n’est pas ligoté de mille liens. La révélation laisse ouverts des espaces où la responsabilité du musulman peut et doit s’affirmer. (...)

Parfois, les aléas de l’Histoire ont compromis ces intentions et dénaturé ces références. La responsabilité en incombe aux hommes et non pas au Texte ni à son Messager.Le caractère, l’esprit, le comportement des musulmans ne peuvent être que profondément marqués par l’impératif de justice. (…) Un musulman n’est pleinement croyant que s’il applique la justice et l’équité. (…) Le Coran s’adresse à l’humanité; la dernière Sourate répète cinq fois le concept d’humanité, les gens, les êtres. La Révélation vise les gens dans leur ensemble. Ce qui peut poser problème en ces temps modernes, c’est la question de la justice. Nous n’avons jamais à nous opposer à la différence, mais à l’injustice. Pour le Coran, chacun est responsable de ses actes. Personne ne peut se targuer de l’irresponsabilité ou de l’inconscience, même s’il y a une part de mystère ou d’inconnu dans tout rapport et prise de décision qui nous engage avec l’autre.

 

Depuis trois siècles environ, les sociétés musulmanes troublées, paralysées par la marginalisation de la pensée, et du savoir, perturbées par des problèmes internes de développement et par la trajectoire problématique de l’Occident qui agresse et se mondialise, ont des difficultés à interpréter. La question de l’ijtihad est au centre des enjeux. Si on veut progresser, se développer, il faut raisonner, s’instruire et éduquer.(...) Toute vérité, y compris La vérité révélée, est compréhensible si l’on raisonne, dans une trame où se nouent et se tissent le clair et le moins clair, l’évident et l’ambigu, entre les lignes aussi. Vérité que l’on ne peut pas assener d’un bloc, mais la signifier progressivement. L’ijtihad est au cœur de la pensée. Il s’agit de s’ouvrir et de vérifier que la culture peut favoriser l’aptitude à responsabiliser, humaniser et innover. Il est primordial d’adapter l’ijtihad aux circonstances liées à la vie moderne. Pour ce faire, nous devons préciser le sens de l’ijtihâd contemporain. (…) Non pas celui qui s’accommode de l’époque, ou qui se plie aux exigences du matérialisme, et en vient à reconsidérer sa tradition pour l’appliquer coûte que coûte à la réalité variable, mais surtout celui qui respecte l’esprit humain. Il faut discerner les aspects positifs des aspects négatifs de chaque temps et réinventer une culture vivante et humaine. Il ne fait aucun doute que les hommes ne doivent pas tourner le dos au monde. (...)

 

Il y a du clair et de l’obscur dans toutes époques. Nous entendons plutôt par ijtihad celui qui se veut créatif, fidèle et novateur en même temps. (…) Ni fermeture, ni dilution. Un moujtahid est un rénovateur, un porte-parole savant des intérêts de son peuple et qui veille à la préservation scrupuleuse de ses racines, de ses intérêts et aspirations, et qui répond aux besoins culturels des gens, en leur balisant la voie vers l’avenir, une vie ouverte, équilibrée, responsable et digne. Pour l’islam, contrairement aux discours des extrémistes, c’est non seulement possible, mais vital. (...)

Le savant, l’intellectuel, doit défendre l’intérêt général, s’appuyer sur la raison pour chercher le bien commun et ce, pour que nous puissions cerner notre époque, comprendre les problèmes, les questions qui y font jour et prendre conscience de ses risques et exigences. Cette démarche permet de nous pencher sur les nouveaux contextes pour les soumettre à l’analyse avec un esprit ouvert et perspicace. (...)

L’ijtihâd, ou tajdid, est cet acte du renouveau qui distingue entre les opportunités et les incertitudes, entre ce qui fait obstacle et ce qui permet le progrès. Il faut non seulement assumer les changements mais les susciter pour maîtriser l’époque, dans l’intérêt général de la société, afin de préserver son équilibre et sa stabilité et renforcer son attachement au sens de l’ouvert et de la civilisation. (…)

Mustapha Cherif


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