7 juillet 2012 6 07 /07 /juillet /2012 23:01

Parmi les lettres "volées" au Vatican et publiées par la presse italienne, il en est une que j'ai relevée. Elle concerne le rapport de Mgr Bottari, Nonce apostolique en fin de mandat au Japon. Il confie aux responsables du Vatican les conclusions sur son séjour. Il tente d'expliquer pourquoi, sur 126 millions de Japonais, le Japon reste le pays où la communauté chrétienne reste, et de loin, la plus faible.

Le Nonce analyse ainsi la situation : "Le Japon possède une noble culture, une histoire glorieuse, une identité nationale forte, intrinsèquement liée à certains symboles tels que l’empereur et certaines expressions religieuses, le shintoïsme et le bouddhisme. Dans ce contexte, se convertir au christianisme, c’est rompre avec tout cet univers, c’est apparaître (et aussi ressentir profondément dans sa propre personne) comme étant devenu moins japonais’'. L’appartenance nationale très fortement ancrée suscite donc en chaque Japonais une attitude de distance aux influences étrangères. "Ils ne souhaitent pas quitter l'univers qui est le leur." Le prélat estime que "l’on peut penser que chacune des conversions à l’Evangile doit être considérée comme un quasi miracle."

C'est en fait l’inculturation chrétienne qui est en question. On fait, hors d'Europe, un amalgame  entre l'Occident  - "corrompu"  -  et le christianisme : "Dans un tel environnement, le fait que le catholicisme soit associé et perçu comme un phénomène occidental ne contribue pas à l’évangélisation".  Corruption et matérialisme, venus d’Occident rendent encore un peu plus difficile l’acceptation de la religion chrétienne au Japon dans la mesure où elle est associée à ces aspects sociaux négatifs.

Enfin le Nonce souligne les conflits entre évêques japonais et le "Chemin néocatéchuménal" communauté nouvelle, d’origine espagnole, présente dans le diocèse de Takamatsu, au Shikoku. "De ce que nous pouvons en juger, ils (les représentants du Chemin néocatéchuménal) viennent ici et appliquent à la lettre une méthode qui est apparue et a été développée en Europe, sans daigner l’adapter à l’univers local dans lequel ils se trouvent. Parmi ceux qui sont ici au Japon, j’ai retrouvé le même style que j’avais rencontré au Cameroun, lorsque j’y étais comme missionnaire il y a vingt ans: les mêmes chants accompagnés à la guitare, les mêmes expressions, les mêmes catéchèses, des éléments imposés plutôt que proposés. (... ) Pas étonnant dès lors que tensions, incompréhensions et réactions abondent et que, dans la mesure où ils sont perçus comme n’étant pas très ouverts au dialogue, ils se heurtent à des refus en bloc."

Il me semble évident que l'inculturation réelle, c'est à dire la prise en compte des valeurs et traditions locales, de la culture ancestrale japonaise, est un préalable incontournable. On ne vient pas plaquer des formules occidentales sur une culture locale millénaire! C'est aux Chrétiens de vivre d'abord dans la culture japonaise, et, une fois acquise cette proximité, de tenter de jeter des passerelles, d'établir des liens, de montrer les points communs et l'originalité de la foi chrétienne...

C'est dans le respect des autres et de leurs valeurs culturelles que l'on peut ensuite les ouvrir sans contrainte à la foi chrétienne.

Jean Bisson - 08 07 0212

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