19 mai 2012 6 19 /05 /mai /2012 23:01
Le 17 mai 2012, à Rome, dans le cadre de l’Université pontificale Saint-Tomas d’Aquin, s'est tenue une rencontre judéo-chrétienne. Je la trouve importante. Sur le thème: "Construire sur Nostra aetate (1): 50 ans de dialogue judéo-chrétien", dans le cadre de la cinquième édition de la "Berrie Lecture" (initiative promue par la Fondation Russel Berrie de New York), divers intervenants de la Communauté juive et de l'Eglise catholique ont fait le point sur ces instances de compréhension mutuelle entre foi juive et foi chrétienne.

Le cardinal Kurt Koch, président de la Commission du Saint-Siège pour les relations religieuses avec le judaïsme, a affirmé que le dialogue est une bénédiction pour l'humanité et que le contraire serait "une trahison de la foi chrétienne". Il a rappelé que "la Shoah était devenue une question adressée au christianisme, et une accusation". C’est pour cela qu’après la seconde guerre mondiale "un effort concerté s’imposait pour redonner une définition théologiquement fondée de la relation entre l’Eglise et le Judaïsme". A cette nécessité, le Concile Vatican II a répondu par la déclaration "Nostra aetate", sur les relations Eglise et religions non chrétiennes. Cinquante ans après, ce texte reste le “document fondateur” du dialogue entre l’Eglise catholique et le judaïsme.

Le cardinal Koch de poursuivre: "Le dialogue judéo-catholique, ne sera donc jamais inactif, en particulier au niveau académique, surtout dans la mesure où cette nouvelle ère de la relation entre juifs et chrétiens, ouverte par le concile Vatican II, est naturellement constamment mise à l’épreuve. D’un côté, le fléau de l’antisémitisme semble impossible à extirper dans le monde d’aujourd’hui; et même dans la théologie chrétienne, le très ancien marcionisme (2) et l’antijudaïsme ré-émergent avec un esprit de revanche, non seulement de la part des traditionnalistes, mais aussi dans le courant libéral de la théologie actuelle. Au vu de tels développements, l’Eglise catholique est contrainte de dénoncer l’antijudaïsme et le marcionisme comme une trahison de sa foi chrétienne, et elle doit rappeler que la fraternité spirituelle entre juifs et chrétiens a son fondement ferme et éternel dans l’Ecriture sainte."

L’affaire Williamson, du nom de Mgr Richard Williamson, l’un des quatre évêques ordonnés par Mgr Marcel Lefebvre, dont l’excommunication avait été suspendue début 2009 par Benoît XVI pour permettre l'ouverture d'un dialogue, avait fait craindre que l’Eglise puisse accueillir en son sein un évêque niant la réalité de la Shoah. Il n'en est rien! Le Vatican et Benoît XVI lui-même ont affirmé que le négationnisme n’avait pas sa place dans l’Eglise catholique du XXI° siècle.

Pour ma part, je suis certain qu'un jour, dans le même état d'esprit, quoique la situation soit très différente (3), la même volonté de dialogue s'imposera avec  l'Islam. Le dialogue, morcelé et ponctuel, est déjà ouvert. Timidement, et surtout en Occident. Le temps ne compte pas pour ces questions-là. Mais le temps du respect viendra !

Jean Bisson - 20 05 2012

1- Datée du 28 octobre 1965, la Déclaration Nostra Aetate du IIème Concile du Vatican, «sur les relations de l’Église avec les religions non-chrétiennes», représente, après 20 siècles de méfiance et souvent d'affrontements, un tournant important dans l’histoire des rapports entre juifs et catholiques. C'est l'invitation à engager et à poursuivre un dialogue pour une meilleure connaissance réciproque, et pour tisser des liens d'un mutuel respect entre héritiers directs d'Abraham et des Prophètes de la Bible.

Judaïsme et Christianisme ont en commun la majeure partie de l'Ancien Testament. N'oublions jamais que Jésus est né juif, qu'il a toujours prié selon le rituel juif, et qu'il est mort dans la stricte fidélité à cette foi ancestrale. Les disciples de Jésus, avec Saint Paul, ont créé l'Eglise, après la Pentecôte, mais dans la continuité de la tradition juive. Et tout le "nouveau testament" est venu peu à peu s'ajouter comme complément (et achèvement)  de la Parole des Prophètes.

2- Le "Marcionisme" est une doctrine qui oppose le "Dieu-Juge de l'Ancien Testament" au "Dieu-Amour du Nouveau Testament". Elle réfute aussi la réalité de l'Incarnation du Christ comme "Fils de Dieu". 

3- L'Islam est née de la "révélation" directe du Coran. Le Prophète l'aurait reçu de Dieu, via l'Archange Gabriel. Mais si le Coran fait état de certains Prophètes de l'A.T, d'Abraham, de Jésus et de Marie sa mère, il ne reprend aucun texte biblique.

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