5 août 2010 4 05 /08 /août /2010 23:03
Entretien avec le père Samir Khalil Samir, islamologue

SUITE des brèves des 23 et 30/07 – à suivre le 13/08 prochain

ZENIT : N'y aura-t-il jamais d'illuminisme pour l'islam?

 

Père Samir : Pour l'occident, pour l'Église, l'illuminisme a été une occasion de renouveau par rapport à la foi, un renouveau qui nous a permis de tirer inspiration de la culture et de cet esprit critique qui en ont découlé. L'illuminisme voulait dire faire la pleine lumière sur la réalité du monde de la foi. Le risque du croyant est celui de partir uniquement du phénomène religieux, qui est un phénomène partiel dans la vie de l'homme et de la société.

Si nous confrontons ce phénomène religieux à la science, aux droits de l'homme, au développement de la psychologie, des sciences humaines et aux cultures du monde, nous obtiendrons un christianisme ouvert, ou dans le cas concret, un islamisme ouvert.

Votre question est : l'islam serait-il capable d'un mouvement illuministe ? En théorie, oui. Nous en avons eu un exemple au Ixème et au X ème siècles. Cet illuminisme est parti des chrétiens syriaques provenant de Syrie, de Palestine et d'Irak qui après avoir assimilé la culture hellénistique, l'ont transmis, traduit, commenté, s'en sont inspiré, produisant ainsi des générations de penseurs musulmans qui l'ont ensuite, à leur tour, appliqué au Coran, aux dogmes et aux traductions sacrées.

Ce phénomène est allé de l'avant jusqu'au XIème siècle, puis il s'est éteint lentement, car il y a eu la réaction islamiste, qui s'est traduite par une réaction strictement religieuse, marquée par une exclusion de la philosophie, par exemple, et de la critique religieuse historique. Si cela devait recommencer il n'y aura jamais d'illuminisme. La condition préalable est que de plus en plus de musulmans étudient toutes les sciences et acceptent d'étudier le texte du Coran comme n'importe quel autre texte de la littérature arabe, en utilisant les mêmes critères.

Le but principal est de partir d'une histoire démythifiée. Et j'espère que nous arriverons à cette relecture critique et religieuse du Coran : foi et culture, foi et science, foi et raison. Ceci était l'aspect essentiel du discours de Ratisbonne du 12 septembre 2006 et il reste entier, même si cela a été un choc pour beaucoup de musulmans en particulier, et pour certains chrétiens orientaux qui se sont culturellement islamisés.

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