3 avril 2012 2 03 /04 /avril /2012 23:01

Ce vaste territoire, depuis la Côte d'Ivoire où j'enseignais, j'ai eu le bonheur de le parcourir en voiture et en avion : Bamako, Mopti, Tombouctou... Que de superbes souvenirs ! Depuis deux semaines, le chaos s'est installé dans ce pays jusque là très francophone; il était pourtant l'un des espaces africains où semblait s'être épanouie la démocratie! Et son Président, Amadou Toumani Touré, surnommé "soldat de la démocratie", terminait son mandat fin avril ! Son armée l'a mis au placard, depuis 15 jours, l'accusant de ne pas être assez ferme dans la lutte contre la "rébellion du nord".

De quoi s'agit-il ?

Cette rébellion est née dans les déserts du grand nord, immense territoire sillonné traditionnellement par les clans targui (Touareg). Or, beaucoup de jeunes de ces itinérants du désert sont rentrés depuis peu de Lybie; ils y exerçaient le métier très bien rémunéré de mercenaires. Et ces mercenaires, bien entrainés et fortement armés, depuis la débâcle libyenne de Kadhafi, sont rentrés au pays avec armes et bagages... C'est sans doute l'une des causes du succès des "rebelles" dans l'actuel conflit...

Le second facteur, des plus inquiétants, j'en conviens, c'est qu'ils convoient dans leur paquetage guerrier, une suite islamique intégriste et fanatique qui profite de l'aubaine pour partir en "jihad" (1) au sens le plus étroit et rétrograde du terme.

Pour être bref : les groupes nomades sahariens n'ont jamais été, au Mali comme dans les autres zones sahariennes, des populations soumises. Leur fierté s'identifie dans une indépendance et une liberté absolue. Mais ce sont des gens de belle noblesse.

Le drame, pour le Mali, c'est que des Islamistes (probablement salafistes purs et durs...) profitent de ce support historique et clanique pour en faire une "croisade jihadiste..." et revendiquer un état islamique aligné sur la "charia" (loi stricte islamique).

On comprend le désarroi des Maliens, jusque là heureux de vivre dans l'une des rares démocraties africaines. Ainsi ce nouveau conflit est-il à la fois politique, ethnique, et religieux. Le religieux fondamentaliste refusant d'abord la démocratie et surtout le droit des individus à la liberté de penser!

L'armée malienne qui a pris le pouvoir, est-elle en état d'enrayer l'avancée de la coalition Targui-Islamistes intégristes? Le risque de scission du pays serait-il un moindre mal? Je n'en suis pas sûr, car bien des familles vivant dans le nord sont des Musulmans modérés et acquis à un état démocratique... Ils n'auront pas la vie belle s'ils ne s'alignent pas sur la radicalité intégriste.

Je souhaite que les autorités officielles maliennes s'unissent pour défendre le modèle démocratique qu'avait choisi librement leur pays. Il semble probable que le voisin du sud qu'est la Côte d'Ivoire, soutiendra cette solution. Il faut que la ligue arabe choisisse aussi son camp, ce qui ne saurait tardé.

Le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) s'est structuré dès 2010. Ces rebelles, très déterminés et militairement bien organisés, exigent l'indépendance. Objectivement, l'armée malienne ne semble pas en mesure de reprendre et maitriser le vaste espace nord du pays et les villes de Tombouctou et de Gao, soit environ 800 000 Km2...

Dans un premier temps, pour éviter un conflit sanglant, la partition du pays pourrait être une solution provisoire, à condition que les populations civiles restent libres de choisir leur  implantation, soit rester dans le nouvel état islamique du Nord, soit choisir de rejoindre l'état démocratique actuel du Sud.

Quant à la diplomatie française, a-t-elle une autre solution que de soutenir moralement le gouvernement officiel, et là, la mise au placard arbitraire du Président ne facilite pas les rapports internationaux! Encore un conflit qui risque de faire payer au peuple malien la note de discordes d'un autre âge.

Jean Bisson -  04 04 2012

1- Ma brève de demain sera sur cette notion islamique de Jihad.

Partager cet article

Repost 0

commentaires