5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 00:01

C’est encore le Père Samir Khalil Samir qui aborde cette question très réaliste de la place des femmes musulmanes dans cette société moderne qui se construit sous nos yeux. J’y suis d’autant plus sensible que j’ai vécu l’expérience exceptionnelle d’avoir enseigné au Maroc, en médina de Fez, dans un collège (1) de filles. Voici ce que dit ce Jésuite libanais, d’origine arabe, analysant la place des femmes aujourd’hui en Egypte (mais son analyse est vrai pour l'ensemble du monde musulman).

« Il y a deux courants en conflit. Il y a un courant de femmes, soutenu aussi par des hommes, qui se disent ni supérieures ni inférieures aux hommes, mais égales à eux, et n'acceptent pas que la femme ne puisse accéder à telle ou telle chose, car dans les autres pays elles voient les femmes dans tous les secteurs de la vie, et se demandent « pourquoi pas chez nous ? ». Ce courant-là est de plus en plus fort.

Et puis il y a le courant opposé, et plutôt religieux, selon lequel Dieu a établi entre l'homme et la femme une différence fondamentale, car, comme dit le Coran, les hommes sont un niveau supérieur aux femmes (wa-fîmâ baynahumâ daragah), car Dieu a préféré les hommes aux femmes. Et les femmes répondent oui, mais dans le verset, cette préférence vient de ce que l'homme est celui qui maintient (2) la famille. Or, aujourd'hui, cela n'est plus vrai, car il y a des femmes qui maintiennent leurs familles. Donc ce n'est pas un fait lié à la nature de l'homme ou de la femme, mais un fait socioculturel.

Même lentement, c'est sur cette ligne que les choses sont en train de changer dans certains pays. Et il ne fait aucun doute que, et on l'a vu avec Benazir Bhutto au Pakistan, qui était chef d'État, et dans d'autres pays avec de nombreux ministres qui sont des femmes remarquables, voire des prix Nobel comme en Iran, qu'il y a une prise de conscience que si l'on donne aux femmes la liberté d'agir, elles peuvent même être supérieures aux hommes. Mais cela n'est pas facile, c'est une lutte qui durera encore quelques décennies. »

L’exceptionnelle importance du rôle des femmes est évidente : elles conservent une fonction fondamentale d’éducation des enfants et ont gagné leur place dans la société moderne. Que deviendraient aujourd’hui nos paroisses catholiques si les femmes qui s’y investissent avaient l’audace de faire grève ?! Et n’oublions pas que c’est en Turquie, pays musulman, pays auquel on refuse l’entrée immédiate dans l’Europe, que les femmes ont eu les premières le droit de vote (3) !

Jean Bisson – 05 03 2011

1-  Ce collège s’appelait « Nahda » ce qui peut se traduire par « Espérance ».

2-    «Maintenir» doit s’entendre comme «nourrir», c’est-à-dire travailler pour faire vivre sa famille.

3-    En  France, les femmes ont eu le droit de voter en mai 1944, nos voisines suisses ne l’ont obtenu qu’en 1972. Les femmes turques ont voté dès 1934, dix ans plus tôt qu’en France ! Les pionnières furent les femmes de Nouvelle Zélande qui votèrent dès 1893.

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