4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 23:01

Sous les signatures de Claire Legros et de Jean Mercier, La Vie a publié le 19/08/2010 les articles suivants sous le titre : « Les cathos et Sarkozy : le malaise ». Cette intéressante analyse, avec de claires prises de position de l’Eglise (Evêques, Chrétiens engagés et groupes ou associations), me semble utile à partager avec les lecteurs de mon blog.

Dérives sécuritaires et stigmatisation de l’étranger, le cap dangereux amorcé par le chef de l’État choque nombre de chrétiens.

Trop c’est trop. Jour après jour, les réactions catholiques au tournant sécuritaire amorcé en juillet par le chef de l’État se succèdent. Dès le 28 juillet, deux évêques en charge de la pastorale des gens du voyage, Raymond Centène, évêque de Vannes, et Claude Schockert, évêque de Belfort-Montbéliard, avaient mis en garde dans un communiqué contre les « généralisations hâtives » et « une recrudescence de la stigmatisation » dont sont victimes les gens du voyage, « boucs émissaires désignés des difficultés de notre société, alors qu’ils en sont souvent les premières victimes ». 
Quelques jours plus tard, c’était Jean-Luc Brunin, évêque d’Ajaccio, qui s’inquiétait dans La Vie de « l’amalgame opéré par Nicolas Sarkozy entre insécurité et immigration ». 


Le 15 août au Puy-en-Velay, le président de la Conférence des évêques, Mgr Vingt-Trois, a renchéri en évoquant « ceux qui se tournent vers notre pays et qui en attendent la reconnaissance de leur dignité. Saurons-nous leur faire une place à notre table ? ».  De leur côté, au sein même de l’UMP, des députés, dont certains se revendiquent chrétiens, s’inquiètent des conséquences pour la cohésion nationale d’un éventuel durcissement de la politique sécuritaire, qui stigmatiserait certaines catégories de population. 


Comme Étienne Pinte, député des Yvelines (78) que nous avons interviewé. Peut-on d’ores et déjà parler de divorce entre Nicolas Sarkozy et les catholiques français, qui avaient largement contribué à son élection en 2007 ? Il est évidemment trop tôt pour le dire, même si les sondages témoignent d’un vrai malaise. On se souvient qu’en 2009, en Italie, les catholiques se sont eux aussi progressivement éloignés de Silvio Berlusconi. À cause de ses frasques, bien sûr, mais surtout du fait de sa politique sur l’immigration largement inspirée de la Ligue du Nord, un parti régionaliste et d’extrême droite. En France aussi, si le bling-bling et les affaires agacent, c’est surtout la tentation populiste chez le chef de l’État qui fait réagir les catholiques. Au nom des valeurs évangéliques comme au nom de celles de la République.

Claire Legros


Dans l’obscurité, des milliers de flammes montent vers le sommet de la cité médiévale du Puy-en-Velay (Haute-Loire), où se dresse la cathédrale abritant la célèbre Vierge noire. Nous sommes dans la nuit du 14 au 15 août. 10000 personnes ont répondu à l’appel d’Henri Brincard, évêque du Puy, à honorer la Vierge à l’occasion du 150 e anniversaire de Notre-Dame de France, la statue monumentale qui domine la ville.

L’Église catholique – à travers une vingtaine d’évêques réunis autour d’Henri Brincard – a réaffirmé, par une série de paroles fortes, qu’on ne peut transiger sur l’Évangile. Devant le fleuve des lumignons parvenus au pied du sanctuaire, Mgr Brincard a résumé cette ligne en disant que « le fondement ultime de la France et de notre unité, c’est la charité », qui a pour but le « rassemblement de toutes les familles des peuples ». Le cardinal André Vingt-Trois a renchéri en évoquant « ceux qui se tournent vers notre pays et qui en attendent la reconnaissance de leur dignité. Saurons-nous leur faire une place à notre table ? » Six heures plus tôt, le cardinal déplorait, face aux journalistes, « les réflexes protectionnistes de ceux qui ont peur de l’avenir, peur de perdre ce qu’ils ont, alors que de plus en plus de personnes sont marginalisées dans la vie économique et collective ».


Encore plus incisif, Hippolyte Simon, archevêque de Clermont et vice-président de la Conférence épiscopale, a fait clairement allusion, lors des vêpres du 14 août, au projet de déchéance de citoyenneté annoncé par Nicolas Sarkozy : « Tous les êtres humains se reçoivent identiquement de Dieu, c’est ainsi que se fonde notre dignité. Nous ne pouvons pas décider de l’humanité de nos frères et de nos sœurs. Nous pouvons seulement, si j’ose dire seulement car c’est un immense engagement, essayer de nous faire leur prochain ainsi que Jésus-Christ nous l’a enseigné. (...) Parce que nous nous recevons de Dieu, nul être humain, fût-il fragile, malade, handicapé ou même prodigue, ne peut être déchu de son humanité. »

L’ultime uppercut a été donné le lendemain, lors de la messe de l’Assomption, par André Vingt-Trois dans son homélie. Non content de rappeler le devoir de solidarité à l’égard des plus faibles, des immigrés et des marginalisés, celui qui est aussi président de la Conférence des évêques a critiqué la politique du gouvernement en des mots inédits. Fustigeant le « cirque » et la logique du spectacle liée à la problématique de la sécurité, il a dénoncé la « surenchère d’invectives » du débat politique, et la fascination des Français pour les « déchirements provoqués par l’argent », allusion à l’affaire Bettencourt. 


Ce tir groupé ressemble à une sorte d’entrée en résistance de l’Église institutionnelle sur le front politique. S’agit-il d’un tournant, les évêques étant habituellement soucieux de ne jamais apparaître comme partisans ? Il s’agit plutôt d’une volonté pastorale très claire... Les évêques ont voulu envoyer un message percutant aux fidèles ou aux prêtres qui pourraient être tentés par les sirènes sécuritaires.

Jean Mercier

 

  

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