L’hymne national français a été sifflé lors du dernier match de foot-ball joué à Paris contre l’équipe tunisienne. Cela s’était déjà produit lors des matchs opposant l'équipe de France au Maroc et à l’Algérie.
Siffler le symbole national est évidemment un geste symboliquement grave. Mais lorsqu’il se répète trois fois, fallait-il réagir comme les autorités – et le Président de la République en premier – l’ont fait en demandant de ne pas jouer le match si cela se reproduisait?
Ne conviendrait-il pas mieux d’analyser les causes de ces manifestations et leur sens ? Les manifestants sont, vraisemblablement, des français d’origine maghrébine. Qu’est-ce qui les pousse à réagir contre ce chant patriotique ?
Personnellement, je respecte cette musique. Parce qu’elle me rappelle l’accompagnement de camarades tombés en Algérie. Mais cela ne m’empêche pas d’en trouver les paroles inacceptables.
Lorsque des spectateurs sifflent les joueurs africains, et leur jettent des bananes ou des cacahuètes, quelles condamnations s’élèvent contre ces réactions racistes ? Une fois de plus, n’y a-t-il pas deux poids, deux mesures ?
Ces jeunes issus de l’immigration ne sont pas intégrés. Voilà la vraie raison. Pourquoi ? Parce que mal scolarisés, parce que souvent mal considérés, sans travail, sans horizon, parqués dans les banlieues où ils ont tout le loisir de nourrir et développer entre eux leur rancœur de se découvrir marginalisés.
Pourquoi cette intégration n'a-t-elle pas réussie? C’est à cette question qu’il faut trouver réponse. Les renvoyer chez eux, privés de match, ne résoudra rien et même leur donnera de nouvelles bonnes raisons de s’opposer pour souligner leur différence.
Si la France avait les moyens d’une éducation citoyenne, si ces jeunes avaient des activités sportives et
culturelles à leur disposition, une perspective d’avenir, une situation stable, il me semble évident qu’ils se comporteraient autrement. Mais l’éducation a un prix. L’accompagnement sportif et
culturel a un coût.
Et à l’heure où il n’y a pas d’argent en caisse, mais seulement des milliards pour les banques, prévoir d’interdire un prochain match si des sifflets retentissent au moins ça ne coûte rien !
Jean Bisson - 18 10 2008