Rien
n’illustre mieux cette nouvelle perspective (mondialisation)
que l’élection d’Obama. Ce n’est pas d’aujourd’hui que la plus grande puissance économique mondiale est la
caisse de résonance économique mondiale de nos ambitions et de nos frustrations, de nos rêves comme de nos cauchemars. Sa prépotence zen fait l’axe essentiel des enjeux mondiaux. Il suffit que le
mammouth bouge un orteil pour que le mouvement se répercute à l’autre bout de la planète. Les péripéties de l’élection américaine ont donc été suivies avec une particulière ferveur. Tous les
ingrédients étaient réunis pour faire de ce scrutin une pièce à grand spectacle. (…) Très vite on s’est aperçu que cette campagne revêtait un aspect inhabituel. Pas seulement parce que son
principal protagoniste était noir dans un pays qui s’est singularisé par cette contradiction d’être à la fois le modèle des principes démocratiques et une terre empoisonnée par la ségrégation
raciale. Une mystérieuse cristallisation s’est opérée autour du personnage d’Obama qui s’est mis subitement à incarner le meilleur de l’Amérique et le remède miracle aux maux de la planète. Un
phénomène messianique irrationnel s’est soudain emparé de la politique. Et cette élection, pourtant purement américaine, est devenue un scrutin mondial : nous avons tous déposé un bulletin
mental dans une urne imaginaire avec autant de piété et de foi que s’il s’agissait d’un ex-voto. Cette dérivation mystique vers le politique montre à quel point ce monde revenu de tout,
accablé de désillusions, frémit toujours d’espérance.
Obama élu, dans un soupir de soulagement mondial et une anesthésie provisoire du
jugement,
Il a fallu revenir à la terrible réalité dont l’opium de l’obamania nous avait distrait : la
crise. (à suivre)
Jean Bisson 13 08 2009