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Irène sur le plancher des vaches

« Irène sur le plancher des vaches » (Editions Delphine Montalant – septembre 2009 – ISNB : 978-2-915779-12-7 ) est le premier roman de Frédéric MICHAUD. Né dans le Jura, après des études à Besançon et à Strasbourg, l’auteur vit à Paris. Artiste dans l’âme, organiste à ses heures, il travaille dans divers secteurs liés à l’image et au design.

Un moment de vrai plaisir à s’offrir. Des tranches de vie rurale jurassienne, saisies par un regard sans complaisance, d’une hyper sensibilité, d’une cruauté qui affleure même parfois dans cette narration soignée, parsemée de "citations rurales". Le lecteur se trouve immergé dans le quotidien d’une petite communauté pleine de conventions, où chacun se doit de "tenir son juste rôle"…

Un livre-témoignage, à savourer par ceux qui aiment la Franche-Comté profonde, sa culture, ses codes, ses non-dits et ses secrets !

(Pages 46 – 47)  
Chaque année, les instituteurs des deux écoles organisaient un spectacle de Noël (…) qui commençait toujours par une saynète dont le principal intérêt était de mettre en scène les enfants de toutes les classes, les rôles principaux étaient tenus par les plus grands,  tandis que les maternelles avaient des rôles de figuration. Cette année, une querelle opposait deux paysans au sujet d’un prétendu vol de canard. Cela tenait davantage du catéchisme que du théâtre : on découvrait vite un renard caché derrière un arbre en carton (une fillette en grenouillère orange ; elle avait encore des plumes dans la bouche), les deux protagonistes se présentaient publiquement des excuses et disaient, en gros, qu’il ne fallait jamais juger sans savoir. A la fin, tout le village imaginaire de Curé-le-puits venait danser sur la scène au milieu d’un troupeau de maternelles déguisés en canards.

Dans la salle, les rires étouffés trahissaient un besoin viscéral de rapporter cette fiction à une réalité. Cela n’était pas seulement dû aux nombreuses similitudes contextuelles que l’instituteur s’était plu à glisser dans son texte; il était impossible de faire abstraction des ressemblances physiques de ces enfants avec leurs parents. Le garçon de dix ans qu’on accusait injustement de vol avait exactement la même façon de se tenir que son père, de se pencher en arrière en pliant les genoux pour exprimer son mécontentement. Il prononçait le mot «Dieu» comme lui : "C’est pas moi qu’ai pris le canard, vain Djeu !"

Le trouble était encore plus grand quand la transposition de l’adulte dans l’enfant changeait de sexe, quand on pouvait saisir dans le regard de la fille-renard une expression typique de son père, son froncement de sourcil caractéristique et la couleur verte de ses yeux."

Jean BISSON - 17 août 2009 
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