Norbert Elias l'a relevé, qui a étudié dans les années 1930, en pleine montée de l'hitlérisme, différents
traités d'étiquette européens et qui a pu entrevoir combien la retenue était affaire fondamentale de politique, une sorte de complément à la loi. L'entorse présidentielle, en réponse au geste de
l'anonyme, rappelle aussi ce que pressentait Tocqueville en observant la démocratie américaine : "Les hommes qui vivent dans les siècles démocratiques ne comprennent pas aisément l'utilité
des formes, ils ressentent un dédain instinctif pour elles." Or, reconnaissait-il également : "Il n'y a pas de sociétés possibles sans conventions sociales." Sans accord sur les
usages et les formes, les règles de politesse et de civilité.
Tous ces rappels peuvent être lus dans l'analyse de l'évolution des sens et des sentiments que vient de livrer la sociologue Claudine Haroche (L'Avenir du sensible, PUF, 262 pages, 25
euros). Elle y note "la montée de l'informel" dans une société de plus en plus "fluide", "mobile", marquée par l'abolition de toutes frontières (territoriales,
public-privé), quand ce n'est pas par des processus de désinstitutionnalisation ou de désengagement, voire de déliaison sociale. Tout cela constitue souvent des signes de bouleversements dans les
rapports de pouvoir - toutes choses qui peuvent d'ailleurs nourrir un profond sentiment d'incertitude.
Jean-Michel Dumay (à suivre) 06 03 2008