Je ne résiste pas à vous proposer, en ce dimanche, ce texte lu, il y a un an, sur le Pèlerin (N° 6509 du 30 08 2007 » page 53), signé par Christian Delorme, prêtre bien connu des lyonnais.
Une dame, fort distinguée et largement septuagénaire, était de passage dans notre paroisse. A l’issue de la messe dominicale, elle s’approche de moi avec un air désapprobateur : « Monsieur l’abbé, vous m’avez, par votre comportement, privée de l’eucharistie ! Vous n’aviez pas mis de chasuble, ce qui est contraires aux directives romaines. Votre messe n’était donc pas valide.»
L’interpellation me déroute; je parviens cependant à répondre : « Vraiment, madame, je suis désolé si vous avez été contrariée au point de ne pas communier. J’appartiens en effet à une génération de prêtres (et d’évêques…) qui, dans les années 1970, a pensé que le dépouillement liturgique nous rapprochait des conditions dans lesquelles le Seigneur Jésus a présidé son dernier repas avec ses disciples. Après le concile Vatican II, la grande majorité du clergé français a ainsi abandonné les vêtements sacerdotaux richement décorés pour d’amples aubes et pour des étoles très simples qui ne manquent pas de dignité. A Lyon, de surcroît, nous avons en mémoire le Chant des canuts, d’Aristide Bruant, qui fait dire aux anciens ouvriers de la soie : « Pour chanter Veni Creator, il faut avoir chasuble d’or… Mais nous, pauvres canuts, nous marchons tout nus ! »
Si donc, je ne revêts généralement pas de chasuble, c’est parce que je reste marqué par le souci de simplicité évangélique et je ne crois pas que cela rende ma célébration eucharistique « illicite » ou « invalide » !
Mais croyez bien que je n’ai rien contre ceux qui préfèrent revêtir ce vêtement à deux pans et sans manche ! Depuis quelques années, de fait, les prêtres nouvellement ordonnés se montrent souvent soucieux d’un « réinvestissement » dans la symbolique liturgique. Des chasubles modernes (mais néanmoins fort coûteuses !) ont ainsi fait leur apparition.
Aube et chasuble ne manquent pas de signification. Tandis que l’aube, blanche par définition, est l’image de la pureté intérieure et présage des joies éternelles, la chasuble (du latin « casula » petite maison) représente la tunique sans couture du Christ et signale que celui qui la porte a revêtu le Christ pour agir en son nom.
Notes personnelles
L’étole portée sur l’aube, joue symboliquement un rôle analogue à la chasuble, en rappelant que le ministre catholique qui officie a été « ordonné » comme prêtre et qu’il a, de ce fait, reçu mandat de son évêque pour présider l’eucharistie et célébrer les sacrements.
Pour les célébrations eucharistiques avec le Pape au stade de Lourdes, l'église a acheté 1500 chasubles neuves avec 1500 étoles neuves... Que
pensez de cette dépense, alors que près de la moitié des évéchés ont des finances déjà dans le rouge... Incontournable dépense pour faire belle figure devant les caméras des télévisions, certes.
Mais Dieu a-t-il la télévison ? Aurait-il été moins attentif aux prières des ministres de l'église s'ils avaient concélébré en aube ?