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ODEURS d’enfance (2)

Nous habitions en face d’une boulangerie. Au réveil, chaque matin, l’odeur du fournil me parvenait, aiguisant un appétit rarement satisfait, à cause des restrictions de cette époque de l’occupation. Le dimanche, c’était l’odeur plus subtile de la brioche –alliance du beurre et de l’oeuf- qui embaumait la rue. J’ai toujours été particulièrement curieux des odeurs de cuisine. Celles qui s’échappent des marmites ou pot-au-feu, celles qui posent énigme sur la distinction des légumes qui cuisent, des viandes qui mijotent, des épices qui les accompagnent en effluves aromatiques.

Certaines odeurs sont inoubliables, liées à un souvenir précis. De mon enfance, c’est l’odeur du melon, une odeur forte, mais qui était inopportune chez nous. Mon père ne la supportait pas ! Et les rares fois où cette odeur pouvait trôner était la confirmation d’une absence paternelle.
L’odeur des prunes a marqué mon adolescence. En année sabbatique dans la ruralité haute-saônoise,  je me souviens de l’odeur des quetsches que l’on ramassait après avoir secoué les arbres. On les coupait ensuite en deux pour les dénoyauter. Certaines étaient mises en bouteilles et, une fois stérilisées, devenaient provisions pour l’hiver… Une autre partie des demi-questches était bien plus intéressante, car on en garnissait d’innombrables tartes qui allaient se cuire dans le four à pain.  Les plus belles étaient alignées sur des «clayettes», pour être desséchées après la cuisson des tartes, et devenir pruneaux… La gamme aromatique était infinie, sa variété traduisant le degré de cuisson ou de dessiccation. Ces odeurs mémorisées dans l’enfance demeurent heureusement des références indélébiles !

Il en est une, très particulière, liée à mon plus ancien souvenir. J’avais trois ans et trois mois quand ma sœur, de 14 ans, est morte. Confiné à la cuisine, avec Rose, la bonne qui m’élevait, j’ai subi l’agression, alors détestable, de l’arôme du café servi tout au long de deux journées interminables, de cette noire boisson réservée aux adultes, abomination (pour moi) offerte aux voisins, amis et parents défilant à la maison.

(à suivre > ODEURS et saisons)

17 06 2009

 

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