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SUICIDES, management et société

Dans la période de difficultés économico-financières que traverse notre planète, dans le bouleversement des valeurs et des cultures traditionnelles qui sont brutalement confrontées à l’altérité, comment l’individu, quand il est personnellement touché par la menace de perdre son emploi, ne serait pas déstabilisé, anéanti, et parfois désespéré au point d’être acculé à l’extrémité du suicide ? Le nombre des suicides, dans des entreprises jusque là prestigieuses, en témoignent tristement. Hélas !

La situation est-elle la seule cause? N’en est-il pas aussi de la responsabilité des dirigeants, des «têtes» d’entreprises, des méthodes utilisées pour un «management» qui permette d’économiser sur le nombre d’emplois, de réduire les effectifs, de pousser à la démission ceux qui seraient «moins rentables» parce qu’ils ont de l’ancienneté (donc des salaires plus élevés) et une (soi-disant) moindre rentabilité ou adaptabilité ?

De fait, c’est le manque de respect de l’homme et de son poste de travail dont il est question. L’individu n’est plus qu’un pion dans la stratégie dont le seul ressort et le seul gagnant doit être l’argent, la rentabilité, le résultat financier. L’ «évaluation» est un mot très à la mode. Mais qu’en est-il exactement? Du latin « valere » = valoir), il s’agit bien de fixer la valeur de la personne. Sa valeur par rapport à ce qu’on entend  en exiger, par rapport à des critères «maison» qui peuvent apparaître objectifs mais cachent aussi souvent des pièges, voire des manipulations. Accepter ou non la mobilité semble l’un de ces pièges. L’accepter sera parfois synonyme du risque de faire éclater la famille ou de la briser. Tout refus pourra être considéré comme un manque flagrant de motivation pour l’entreprise…

Qui rendra de justes comptes ? Combien de suicides, combien de familles détruites faudra-t-il dénombrer pour ce nouvel et dramatique holocauste social ?

Pour que la présidente du MEDEF, Mme  Laurence Parisot, se dise favorable à une réflexion sur le harcèlement au travail, pour que Jacques Voisin, au nom de la CFTC, se déclare aussi prêt à définir en inter-syndical  les critères du harcèlement, ne faut-il pas que la coupe ait déjà bien débordée ?

Les banques (privées !) ont peut-être été sauvées, grâce à l’argent  (du contribuable ) prêté par l’Etat. Mais beaucoup attendent un prêt, qui n’arrivera pas … Qui trouvera l'audace d’évaluer le travail des banquiers et de porter un jugement sur leur déontologie ? Pourquoi l’Etat préteur n’a-t-il pas cru bon d’entrer dans les Conseils d’Administration de ces banques (privées) à qui l’on perfusait des milliards de la collectivité ?

Tel n’est pas le monde dont j’avais rêvé.  Pas le monde que j’avais souhaité et pour lequel je me suis engagé. Droite ? Gauche ? Centre ? Tous les mêmes quand ils sont aux pouvoirs ? Tous impuissants à appliquer «leur» solution. Mais personne n’avait pensé à travailler ensemble jusqu’au machiavélisme sarkozien qui butine tous horizons, moins par conviction, je le pense, que par stratégie pour tenter de vider les oppositions de leur substantifique moelle, et pour élargir sa majorité en vue des prochaines échéances électorales. Est-ce mieux ? N'est-ce pas là encore un simple et habile détournement, une ruse politique ?

Bel avenir à proposer aux jeunes … Comment ne seraient-ils pas tentés, à l’adolescence, de fuir les réalités contraignantes et incertaines, et de leur préférer l’imaginaire et la drogue qui, fallacieusement semblent ouvrir un paradis artificiel, du moins momentanément ! 

Jean Bisson – 17 09 2009 
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