Fin de l’article de Hervé Tremblay, OP - Collège dominicain de philosophie et de théologie,
Ottawa
« Il est évident que l'auteur a choisi le serpent à cause de sa valeur symbolique. Contrairement aux autres animaux, le serpent n'a pas de pattes, il apparaît à l'improviste; c'est un animal mystérieux qui, dans les religions anciennes, a de nombreux liens avec la sagesse et la sexualité.
Le serpent est associé, dans plusieurs cultures, au mystère de la vie et de la mort. On est donc dans la même ligne interprétative que les deux arbres dans le Jardin de Gn 2, un qui donne la vie, l'autre qui donne la mort. Le serpent change régulièrement de peau, ce qui suggère un renouveau constant ou un rajeunissement. La plupart des gens ont peur de cet animal, parce qu'il est venimeux.
Dans l'Épopée de Gilgamesh, c'est un serpent qui vole l'arbre de vie pour ensuite changer de peau. Les voisins d'Israël adoraient le serpent pour obtenir fertilité et fécondité, et il y a des traces de ce culte en Israël (cf. Nb 21,4-9; 2 R 18,1-5; Sg 16,5-14). Cette double signification est aussi présente dans le récit de l'Éden : le serpent promet la connaissance (3,5) et la vie (3,4), mais malheureusement il ne donnera qu'une connaissance pauvre (3,7) et la mort (3,22).
L'identification du serpent avec le démon ou Satan n'est pas dans le sens de l'auteur et a été développé tardivement dans la tradition biblique (cf. Sg 2,24; Ap 12,9; 20,2).
Un dernier mot sur le dialogue entre le serpent et la femme. Pourquoi la femme et pas l'homme? D'entrée de jeu, éliminons les interprétations anti-féministes : le serpent parlerait avec la femme parce qu'elle est plus curieuse ou plus faible... ou plus bavarde; ce faisant, il aurait plus de chance de succès. De là vient malheureusement la représentation d'Ève la tentatrice qui a perverti Adam innocent (cf. Si 25,24; 1 Tm 2,14). Mais les féministes ont répondu que l'unique personnage qui parle et pense dans le récit, c'est justement la femme; l'homme ne fait que lui obéir. La véritable raison est plus simple et sans doute pas polémique. Puisque le serpent est symbole de vie et de fécondité, il est logique qu'il parle à l'humain qui est aussi vie et fécondité, à savoir la femme ! » (à suivre)
Jean Bisson – 27 05 2009