30 novembre 2010 2 30 /11 /novembre /2010 00:01

Avant d’aborder la dimension symbolique et religieuse de la création d’Adam, j’aimerais évoquer d’autres récits orientaux de la création de l’humanité. Le premier, datant du onzième siècle avant Jésus-Christ, fut écrit pratiquement plus de mille ans avant que ne le soit la "Septante" (Bible canonique en grec) de la fin du premier siècle après J.C, compilée après la destruction du second Temple de Jérusalem et destinée aux Juifs de la diaspora).

Chez les Sémites de Chaldée (aujourd’hui l’Irak), on trouve sur les tablettes cunéiformes trouvées dans la bibliothèque des rois de Ninive, un récit de la création. "Ea"(1), dieu de l’intelligence suprême, aurait, de ses mains, façonné la race des hommes pour être soumise aux dieux. Traduit en grec par Bérose (2), le récit de la cosmogonie chaldéenne explique que le dieu Bélus se trancha lui-même la tête et que, du sang qui coula, pétri avec de la terre, les autres dieux façonnèrent les hommes. C’est pourquoi les hommes seraient doués d’intelligence et participeraient à la pensée divine.

Les Phéniciens, selon un fragment de Sanchoniathon (3), le premier homme nommé Protogonos et la première femme Aeon (dont le nom pourrait être de la même origine ou la traduction d’ "Eve") sont issus  du vent (souffle) Calpios et de son épouse Baau (le Chaos). Ce premier couple "inventent de manger du fruit de l’arbre"  (inventer au sens de « découvrir »). Un autre fragment cite "l’autochtone, né de la terre"  et duquel descendrait toute l’humanité.

En Egypte, "Noum", que l’on trouve aussi sous les noms voisins de Khnoum et de Khnoumis, a aussi façonné l’homme de sa main mais sur un tour de potier, c’est ce que l’on peut voir du moins dans le temple de Dendérah où ce démiurge suprême (4) est représenté dans son acte de création. A noter, en vis à vis, sur cette même scène, la déesse Héqit qui souffle par ses narines sur une croix égyptienne, croix ansée, symbole de vie éternelle pour l’offrir à la créature nouvelle, au centre, encore sur le tour. (Je reviendrai peut-être un jour sur ce beau symbole de la croix égyptienne !

A la semaine prochaine, pour la suite !

Jean Bisson – 30 11 2010

 1-       A Suse, en Iran, on voit sur un bas-relief  de pierre le dieu EA, mi-poisson et mi-bouc, dont le domaine sont les eaux douces souterraines, prisonnières des entrailles de la terre.

 2-       Bérose était un chaldéen du 3° siècle après J.C., à la fois prêtre, historien et très attaché au passé symbolique des croyances. Né à Babylone, il s’est notamment passionné pour le fameux temple de Babylone, dédié à Bélus (ou Bâal) et à la "tour de Babel"…

3-       Le "Sanchoniathon de Béryte" (Béryte est devenu aujourd’hui Beyrouth, capitale du Liban): c'est le récit mythique de la création selon les sources phéniciennes, traduit en grec par Philon de Biblos, et repris en latin par Eusèbe de Césarée, enfin traduit en français au XIX° par Lenormand et cité dans son "Essai de commentaire sur Bérose". Ce dernier est largement repris dans le "Dictionnaire de la Bible" de F. Vigouroux, ouvrage publié en fascicules de 1891 à 1920, soit sur 30 ans. C’est de ce dernier ouvrage, passionnant, que j’extrais l’essentiel de cette brève.

4- C’est le philosophe Platon qui nomme "démiurge" le dieu créateur.

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