2 août 2012 4 02 /08 /août /2012 23:01
Chaque année, dans les Côtes d’Armor, a lieu le "Pardon des Sept Saints" (1) (2). Dans la commune de Vieux-Marché, ce curieux pèlerinage breton - les 21 et 22 juillet derniers -  est devenu non seulement un rite local traditionnel, mais une célébration islamo-chrétienne. (3)

Cette année, c'est Le Père Jean Jacques Pérennès, op, directeur de l’Institut Dominicain d'études orientales (IDEO) du Caire, qui présidait la messe. Il y a souligné combien «Il est difficile de promouvoir la réconciliation» car chacun prend part «à cette violence qui traverse le monde, (...) dans les familles, les lieux de vie et de travail».

Le Dominicain a proposé une triple invitation à la paix: d’abord, «prendre soin avec amour des lieux de rencontre» communs et fraternels entre chrétiens et musulmans; puis «habiter ces lieux de rencontre, qui sont parfois des «lieux de fracture» en étant «désarmés», enfin, vivre un «sursaut spirituel» notamment par la prière, c’est-à-dire « descendre à un certain niveau d'intériorité pour entrer un peu dans le mystère de la pluralité des chemins vers Dieu auquel nous confronte notre compagnonnage avec les musulmans».

Le P. Pérennès a souligné enfin que le Moyen-Orient, s’il est cruellement «déchiré», vit aussi une «formidable espérance», celle de «se libérer de décennies de régimes autoritaires, répressifs et corrompus, donner ses droits aux citoyens, promouvoir plus de justice et de bien-être».

Un tel témoignage prouve, à mes yeux, que la présence chrétienne reste en terres d'Islam, une force de paix et l'espérance d'un meilleur avenir. Le respect mutuel demeure le seul modèle d'avenir.

Jean Bisson - 03 08 2012

1- J'ai déjà abordé ce culte des 7 jeunes Chrétiens d'Ephèse qui, au 3ème siècle, ont été emmurés vivants sous l'empereur romain Decius. Ils se sont réveillés au 5° siècle, pour s'endormir définitivement et on les nomme depuis les  "Sept dormants". Ce "pardon des sept saints" commémore  ces jeunes martyrs. Bien sûr, dans les environs d'Ephèse, j'ai visité ces grottes devenues cimetières jusqu'au début du siècle dernier.

2- Chaque été, plus de 1.200 "Pardons" sont fêtés en Bretagne. La foi populaire bretonne s'y  exprime en de multiples dévotions locales qui honorent des saints patrons particuliers.

3- La tradition coranique fait allusion aux 7 Dormants d'Ephèse.

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12 mai 2012 6 12 /05 /mai /2012 23:01
Au Moyen-Orient, et spécialement en Irak, l'exode des chrétiens se poursuit. Et c'est une constatation tragique de voir l'une des plus anciennes terres du Christianisme se vider de cette partie de son peuple. Le Père Samir Khalil Samir, prêtre et professeur d’histoire de la culture arabe et des études islamique, expert en dialogue interreligieux à Rome et à Beyrouth, a déclaré : " Je crois qu’il est possible de stopper l'exode des Chrétiens au Moyen-Orient et de montrer aux Musulmans que nous, Chrétiens, sommes une chance pour leur permettre d’avancer vers une société plus ouverte. S'ils le veulent, nous travaillerons ensemble".
Pour arriver à cela, selon ce spécialiste, il est nécessaire de "bâtir une génération de personnes qui aiment la liberté et qui soient éduquées à la liberté intérieure."
On assiste depuis une dizaine d'année à une radicalisation des sociétés en terres traditionelles de l'Islam. Pendant le ramadan, la vie est modifiée, horaires adaptés, transports arrêtés à certaines heures, etc. Il existe aussi des discriminations: un chrétien ne peut pas exercer certains métiers: gynécologue ou professeur d'arabe, par exemple... Une fille ne peut sortir sans être voilée... et des Chrétiennes finissent par céder...

Même au Liban où la constitution reconnaît la liberté de religion et où aucune discrimination n'est imposée, les chrétiens, en 1950, représentaient  50% de la population de la ville de Tier, soit 5.000 sur 10.000 habitants aujourd’hui, la communauté chrétienne ne compte plus que 3.000 âmes sur une population de 80.000, soit 2,6 % !

Le Père  S.K. Samir pense que "Si nous laissons les choses suivre leur cours naturel, c’est irréversible, parce que la situation ne changera pas en vingt ans. Il faut bâtir une génération de personnes qui aiment la liberté; c’est cela qui est important: la liberté. Ce mouvement qui veut islamiser les sociétés va continuer et on risque d’arriver à un point de non retour, comme en Turquie, où les chrétiens dépassaient les 20% de la population au début du siècle dernier, et ne sont plus que 0,2% aujourd’hui." Il poursuit: " Je crois qu’il est possible de stopper cette tendance dans le monde arabe et de montrer aux musulmans que les chrétiens sont une chance pour leur permettre d’avancer vers une société plus ouverte."

Au Liban, l’imam Chamseddine, ancien président du Conseil de 1994 à 2001, écrivait juste avant sa mort que, s'il avait été longtemps convaincu qu’une société islamique était idéale, après 15 ans de responsabilités politiques, il reconnaissait que la société telle qu’elle est au Liban aujourd'hui est meilleure parce que les Chrétiens y ont apporté leur contribution.

Vivre ensemble est l'approche incontournable et unique pour l'avenir. Cette perspective reste évidemment à construire, avec patience et ténacité, dans le respect mutuel des différences. L'Islam des Lumières doit se conjuguer avec la Lumière des philosophes occidentaux dans de futurs états ouverts au monde et respectueux des libertés. Et c'est la bonne perspective pour atteindre la paix. Il faudra sans doute encore une génération. Et d'innombrables victimes. 

Jean Bisson  13 05 2012

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9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 23:01
J'avais déjà fait allusion à la situation des Chrétiens au Moyen Orient, il y a quelques jours (le 28 avril), à l'occasion d'une réunion d'évêques de ces régions. Aujourd'hui je reviens sur ce sujet pour une interview (1) de Mgr Paul-Mounged El-Hachem (2), Nonce apostolique pour le Yémen, le Qatar, le Bahreïn, le Koweït et les Emirats arabes unis, et délégué apostolique en Arabie (Arabie Saoudite et Oman. Ce texte, communiqué par l'agence catholique romaine Zénith, quoique un peu long, mérite d'être en partie communiqué. Il appelle à la nécessité d'un dialogue, et souligne la nécessité de promouvoir le "concept de citoyenneté (qui serait) le plus adapté aux peuples du Moyen-Orient qui sont religieux par nature."  Tout citoyen doit en effet disposer du droit de vivre selon ses propres valeurs religieuses.

Jean Bisson - 10 05 2012

1- Les propos du nonce apostolique émérite libanais ont été recueillis par Mark Riedemann, pour l’émission «Là où Dieu pleure», en collaboration avec l’association internationale: «Aide à l’Eglise en Détresse», (AED). Rome, mardi 23 avril 2012 (ZENIT.org)
2- Mgr P-M El-Hachem, d'origine libanaise, fut professeur en droit islamique à l’université du Latran pendant 29 ans. C’est Benoît XVI qui, sachant l’importance d’avoir de meilleures relations entre chrétiens et musulmans,  l'a nommé nonce dans cette région du monde.
Voici un condensé des propos de Mgr P.-M. El-Hachem:
La majorité des chrétiens vivant dans les pays du Golfe sont des travailleurs étrangers qui constituent un quart à un  tiers de la population. Seul le Liban dispose d'une constitution reconnaissant la liberté religieuse. Partout ailleurs, les Chrétiens sont considérés comme des étrangers; ils disposent du droit de pratiquer discrètement mais n'ont pas le droit d'évangéliser. Le droit de se convertir n'est pas reconnu à un Musulman.
Si l’on constate que la majorité des musulmans désirent vivre en paix et sont modérés, pourquoi n’entendons-nous pas cette majorité s'exprimer alors qu'on n'entend seulement parler des fondamentalistes et des  violences contre les chrétiens?
Il faut que les pays occidentaux aient une meilleure connaissance de l’Islam. Leur comportement et leurs réactions ne doivent pas provoquer et pousser les fondamentalistes et les fanatiques à prendre le pouvoir. Je suis absolument certain que les événements du 11 septembre n’ont pas été approuvés par la majorité des musulmans. C’est une action qui a été menée par des fondamentalistes, des fanatiques comme Ben Laden. Ce fanatisme et cette réaction violente étaient une réponse à l’encontre du comportement de certains pays. L’autre problème qui a affecté dramatiquement le comportement et la mentalité de beaucoup de musulmans, est la question israélo-palestinienne. C’est le cœur du problème.
L’autre facette, ce sont les conséquences de la manière dont l’Etat d’Israël a été fondé et dont les Israéliens se sont comportés à l’égard des Arabes. Si nous regardons l’histoire et l’accueil que les Juifs ont reçu des Arabes lorsqu’ils sont venus au Moyen-Orient avant la fondation de l’Etat d’Israël, nous nous apercevons qu’ils furent accueillis de manière très amicale.
Avant la fondation de l’Etat d’Israël, plus de 500.000 Juifs vivaient en Egypte, plus de 200.000 vivaient à Beyrouth, au Liban, et plus de 300.000 au Yémen, dans une relation parfaitement harmonieuse. Les premiers Juifs qui immigrèrent vers la Palestine reçurent un accueil très hospitalier de la part des Arabes, qui leur vendirent des terres. Ils vivaient dans une coexistence pacifique jusqu’à la fondation de l’Etat d’Israël.
Depuis cette époque, et depuis que les Juifs ont déclaré Jérusalem comme leur appartenant, les musulmans se sont senti humiliés. Tout ceci contribue à creuser un antagonisme plus profond et provoque une radicalisation croissante de l’Islam.
La réponse est la paix. La réponse se trouve dans la proposition qu’a faite le Saint-Siège dès le début : deux Etats pour deux peuples, avec des frontières définies et sécurisées, et la restauration des bonnes relations qu’entretenaient les juifs et les musulmans avant la fondation de l’Etat d’Israël en 1948.
L’idée de sécularisation, normale dans les pays occidentaux, n’est pas actuellement possible au Moyen-Orient. L’idée de sécularisation est un concept qui n’existe pas au Moyen-Orient, ni pour les chrétiens ni pour les musulmans, parce que les peuples du Moyen-Orient sont religieux par nature. Il vaut bien mieux parler de citoyenneté, de "citoyenneté pour tous", concept selon lequel les citoyens ont le droit de vivre selon leurs propres valeurs religieuses. L’Islam n’est pas seulement une religion, c’est à la fois une religion et une culture. Tout acte posé par un musulman a une valeur à la fois religieuse et culturelle. Je n’oublierai jamais lorsque le président du Liban d’alors, Rafic Al-hariri, avant d’être assassiné, avait voulu introduire l’idée que la religion ne devrait être enseignée que dans les mosquées ou les églises. Un des principaux chefs du Hezbollah m’avait dit : « A quoi pense Hariri ? Il veut chasser Dieu du Liban, il n’a pas le droit de faire cela… Dieu a le droit d’être au Liban ».
Faut-il une reconnaissance de la citoyenneté, quelle que soit la tradition religieuse? Reconnaître l’égalité, indépendamment de la croyance religieuse, accepter que tout le monde ait les mêmes droits, devoirs et obligations, reconnus et établis dans la loi de l’Etat, ce serait l’idéal. C’est l'esprit de la Constitution du Liban et c’est pourquoi je pense que le Liban doit être un modèle.
 Je pense que l’autre objectif important pour le monde musulman, aujourd’hui, est de comprendre la démocratie, les droits de l’homme, et de réaliser l’importance de toutes les formes de liberté. Une des grandes décisions du Concile Vatican II qui, selon moi, fut un magnifique acte de courage, a été la déclaration de la liberté religieuse, qui précise que tout être humain a un plein droit d’adhérer à la religion qu’il veut ; c’est important et c’est magnifique.
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14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 23:01

Mgr Michel Dubost, Evêque d'Evry, s'est rendu le 9 avril dernier, au Bourget où se tenait la rencontre annuelle de l'Union des organisations islamiques de France. Cet évêque est Président du Conseil pour les relations interreligieuses dans lequel il représente les Catholiques. Sa visite voulait signifier la solidarité des Chrétiens avec les Musulmans qui se sentiraient "stigmatisés" par les événements récents de l'actualité.  Christophe Roucou, responsable du service national pour les relations avec l'islam l'accompagnait. Ils sont tous les deux intervenus pour témoigner de la volonté de maintenir le dialogue interreligieux entre les communautés religieuses de France.

Si un certain nombre de Catholiques avait demandé au prélat de ne pas se rendre au Bourget, le responsable du Conseil pour les relations interreligieuses a répondu qu'il pensait, au contraire, qu'en des circonstances où certains Musulmans se sentaient soupçonnés, c'était une raison supplémentaire pour aller leur témoigner que les Chrétiens sont auprès d'eux, au nom même de leur foi en un Dieu qui est le Père de tous les croyants.

Et Mgr Dubost d'insister: " Je ne veux pas qu'on dise du mal de certaines personnes parce qu'elles sont ce qu'elles sont.", avant de conclure en rappelant sa conception d'une "laïcité d'intégration" dans laquelle "Il faut qu'on puisse parler de Dieu dans le domaine public".

Je suis dans ce même état d'esprit.

Jean Bisson - 15 04 2012 (demain : Vatican II et les moyens de communications)

  

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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 23:01

"Je récolte maintenant les fruits de ceux qui ont semé avant moi", reconnaissait le Vicaire apostolique d’Arabie, Mgr Paul Hinder, de l’ordre des frères mineurs capucins, Suisse d'origine, à l'inauguration de la construction de la première église catholique (1) du Qatar.

Son "diocèse" s'étend sur 3 millions de Km2 et compte environ 2 millions de Chrétiens. Six pays composent cet ensemble pastoral : Oman, Yémen, Arabie saoudite, Bahreïn et Qatar. Un autre " Vicariat apostolique" existe pour le Koweït.

Tous les Chrétiens vivant dans ces pays arabo-musulmans sont des immigrés; certains y vivent depuis 30 ou 40 ans et leurs enfants sont nés en exil. Leur pratique religieuse est très limitée et jusqu'alors ils ne disposaient d'aucun lieu de culte pour célébrer la messe.

 "J'ai vu des gens pleurer de joie" a dit Mgr Paul Hinder. C'est bien un premier pas important dans ces pays où l'étranger doit "vivre aux côtés" mais ne peut vraiment "vivre avec"...

" Le mérite ne me revient pas. Je pense que c’est beaucoup dû à mon prédécesseur, Mgr Giovanni Bernardo Gremoli, qui a fait un travail remarquable ces 29 dernières années; pratiquement toutes les églises qui existent dans les différents pays ont été rénovées ou construites par lui. C’est dû aussi aux personnes qui, ici au Qatar, ont travaillé dur pour y parvenir; c’est dû aux catholiques locaux, à certains ambassadeurs qui ont travaillé pendant de très longues années à préparer le terrain jusqu’à ce que cela devienne possible. Je récolte maintenant les fruits de ceux qui ont semé avant moi."

Je me réjouis de cette avancée positive au Qatar. Elle conforte mon propre combat pacifique pour le dialogue interreligieux et le respect mutuel entre tous les héritiers d'Abraham.

En ce jour, cette nouvelle est pour moi un précieux cadeau d'anniversaire; j'accède en effet aujourd'hui au club des octogénaires !

Jean Bisson - 13 04 2012

1- Un édifice de 1700 places.


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8 avril 2012 7 08 /04 /avril /2012 23:00
Voici un témoignage qui me réchauffe le cœur. Au Nigéria, malgré des violences meurtrières qui ont endeuillé récemment la communauté chrétienne, des Chrétiens et des Musulmans veulent pouvoir vivre sereinement côte à côte.
Le cardinal Jean-Louis Tauran, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, était en visite au Nigeria, du 23 au 30 mars dernier. De son bilan de voyage, il ressort qu'il s’attendait à une société avec des heurts à tous les niveaux. Malgré les attentats de la secte Boko Haram, le cardinal témoigne qu’il a constaté des relations d’amitié profonde et très sincère entre les chefs religieux catholiques et les chefs religieux musulmans.

Conscientes des dangers, les diverses communautés restent sereines. Elles affirment leur volonté réciproque de ne pas accepter que la violence prenne le pas sur tout le positif vécu dans la vie quotidienne. Au cours de son séjour, le cardinal a participé à la clôture d’une rencontre organisée par les directeurs diocésains en charge du dialogue interreligieux en Afrique de l’Ouest à Lagos. Il a également participé à une session de dialogue entre chrétiens et musulmans à Jos, ville du nord du pays, où ont eu lieu récemment de nombreux affrontements interreligieux.

Le président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux s’est aussi rendu à Sokoto (nord-ouest). Il a été reçu par le Sultan Alhaji Abubakar Saad III, chef des Musulmans nigérians. Le Sultan, qui avait préparé cette rencontre avec l'évêque de Sokoto, Mgr Matthew Hassah Kukah, a accueilli le cardinal  avec grande joie, selon l’agence Fides. Enfin le cardinal Tauran a rencontré le vice-Président nigérian Alhaji Namadi Sambo et il a été reçu par les responsables de la mosquée nationale, à Abuja.

Il ne suffit pas de condamner la violence, mais, a-t-il ajouté, il faut aussi penser à l’avenir. C’est ce que propose de faire un centre de formation professionnelle en ébénisterie, à Jos, en accueillant des jeunes des deux confessions. Il est nécessaire de créer des espaces de paix et de dialogue pour les jeunes qui sont l’avenir du pays. Pour Mgr Onaiyekan, cette expérience devrait être proposée et étendue à tout le pays.

Si l'on faisait davantage confiance à la capacité de vivre ensemble dans le dialogue et le respect de nos convictions religieuses, la peur de l'autre, souvent mauvaise conseillère, ferait moins de dégâts !

Jean Bisson - 09 04 2012    (demain : Vatican II et la réforme liturgique)

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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 23:01

Sujet ô combien sensible, délicat à traiter, explosif car les jugements, souvent ressentis comme partisans, blessent généralement ceux qui pensent différemment! Un préalable incontournable: "Islamisme" ne doit pas être confondu avec "Musulmans".

Juifs, Chrétiens, Musulmans, comme Protestants, Bouddhistes, Mormons, etc. sont des termes qui, désignant des religions reconnues, ne portent aucun jugement sur la religion ainsi nommée. Islamisme, comme libéralisme, communisme, socialisme, intégrisme, etc. désignent une doctrine, un courant de pensée qui anime un groupe spécifique.

L'Islamisme "radical", en tant que doctrine extrémiste, est une organisation qui, s'appuyant sur une lecture littérale (1) du Coran, prône le Jihad (2),  guerre, violence et terreur comme moyen d'aboutir à ses fins : le triomphe de l'Islam.  En cela, il est évident qu'une telle visée touche au terrorisme. Les responsables de l'ordre républicain, en France, ont non seulement le droit mais le devoir de prévenir toute action qui porterait atteinte à la constitution même de notre pays et aux droits de la personne. Aujourd'hui, dans le monde européen, et dans le monde entier en vertu de la déclaration universelle des Droits de l'Homme, tout droit privé est limité par le devoir découlant du respect des mêmes droits reconnus aux autres citoyens.

Cette base civique, en France, a malheureusement disparu de l'enseignement public depuis une trentaine d'années et n'est plus guère transmise par les familles. Quant au Christianisme, son influence n'a jamais été aussi réduit depuis le début du Moyen Age ! 

Il faut reconnaître que dans l'Islam, une fraction intégriste très radicale prône la violence comme moyen licite d'imposer ses points de vue. Leur nombre restreint n'abolit pas leur dangerosité ! Il est donc nécessaire de se protéger de leur nuisance. Savoir le faire à bon escient n'est pas chose facile. Et il faut surtout se garder des mettre tous les Musulmans dans le même "sac"...

Jean Bisson  -  05 04 2012 

1- La langue du Coran est l'arabe classique du VII° siècle. On peut le lire de manière stricte et directe, au premier degré. On peut aussi le lire et l'interpréter en tenant compte de son époque et des figures de style propre à l'Orient. Il en est de même d'ailleurs pour la Bible ou les Evangiles. 

2- Jihad (en arabe ce mot se traduit par "effort") : il s'agit, au sens littéral et premier, de la "guerre sainte" comme institution religieuse pour propager l'Islam dans les terres non encore islamisées, ou pour défendre les terres déjà converties lorsque la foi musulmane y serait attaquée. 

Tout homme se doit d'y participer dès que le besoin religieux l'exige. Selon l'usage, on ne doit se lancer dans la jihad que si l'on a une chance raisonnable de gagner, sinon il convient de différer jusqu'au moment où l'on est mieux assuré du succès. La "guerre sainte" doit cesser dès que les non-musulmans se sont convertis ou qu'ils ont accepté le statut de "protégés' 'en réglant un assez lourd impôt compensatoire... Les combattants du Jihad, si celui-ci est justifié, qui trouvent la mort dans ce combat religieux deviennent des "martyrs" (Shuhaddä) et bénéficient alors d'une entrée immédiate au paradis. 

Beaucoup de Musulmans modérés, font du Jihad une lecture au second degré: cette guerre sainte à mener, ne l'est pas contre les non-musulmans, mais contre soi-même, pour éradiquer les mauvais penchants qui poussent l'homme à enfreindre les lois divines. On est là dans un tout autre registre.

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5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 00:01
Pour les sociétés d'aujourd'hui, le dialogue inter-religieux est, plus que jamais, une démarche indispensable. C'est ce qu'a, une fois de plus, rappelé le Cardinal Tauran dans un message d'encouragements adressé au Service national français pour les relations avec l'Islam (S.R.I.). Cet organisme rassemblait fin janvier dernier, au Séminaire des Missions de Chevillé-Larue, venus d'une cinquantaine de diocèses métropolitains, près de 80 délégués pour les relations avec les Musulmans de France.
« Reconnaissance d'abord, a souligné le Cardinal, pour le temps que vous consacrez à ce dialogue inter-religieux, avec l'unique ambition de progresser dans la confiance mutuelle et dans l'élimination des préjugés qui affaiblissent encore trop souvent la qualité de nos rencontres. (...) Il est important que, dans un monde pluriel et précaire comme le nôtre, nos concitoyens puissent constater que le dialogue inter-religieux est une richesse pour les sociétés humaines : des croyants qui, dans le respect de leurs différences, sont capables de s'écouter, d'apprécier ce qu'il y a de bien et de beau chez l'autre, sont des prophètes de l'espérance. (...) Ils disent qu'il est possible de vivre ensemble parce que la personne humaine est beaucoup plus que ce qu'elle montre ou produit ! »

Ces encouragements ne sont jamais superflus. Il faut que beaucoup plus de Chrétiens réfléchissent aux exigences évangéliques qui fondent une attention spéciale aux plus fragiles que sont, bibliquement, "la veuve, l'enfant et l'étranger" (1). Sans parler des si nombreux français en majorité d'origine étrangère certes, mais qui ont obtenu la nationalité française, sans oublier un nombre de Français de souche convertis, et qui se sentent malgré cela marginalisés, suspectés, voire exclus. Toute différence religieuse et culturelle doit être respectée et dépassée. C'est la base même de la laïcité à la franaçaise et je trouve intéressant de souligner que c'est aujourd'hui également la position officielle de l'Eglise.

Les Chrétiens n'ont-ils pas plus de raisons que les autres d'avancer sur ce chemin, de mutuel respect ?

Jean Bisson – 05 02 2012

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14 janvier 2012 6 14 /01 /janvier /2012 00:01
Les crimes, nombreux, perpétrés contre les Chrétiens sont régulièrement annoncés par la presse et dans les médias que sont télévisions et radios. Mais pourquoi ne dénonce-t-on que très rarement auteurs et responsables de ces exactions ? C'est la question qu'a posée récemment le professeur Massimo Introvigne, représentant de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) pour les crimes contre les chrétiens.
Le professeur Massimo Introvigne - fondateur et directeur du "Cesnur" (Centre pour l’étude des nouvelles religions), dans une interview accordée à l’Aide à l’Église en détresse (AED) d’Italie, publié sur le site "Vatican Insider", dit ceci : « Partout on écoute volontiers les histoires des victimes et on leur exprime de la sympathie, souvent avec une émotion sincère. Les victimes sont par définition sympathiques. Mais il y a beaucoup plus de réticence à identifier clairement les persécuteurs, en les appelant par leur nom et leur prénom. Il s’agit souvent de partenaires économiques ou de pays puissants du point de vue politique ou militaire, qu’on ne souhaite pas mécontenter. Et l’on recourt à des euphémismes et des métaphores qui souvent laissent l’impression que les chrétiens se persécutent tout seuls! »
Pour le patriarche Kirill, Primat de l’Église russe, que rencontrait M. Introvigne - lors d'une exposition sur la peinture italienne du 19e en Corse - à l’Hermitage de Saint-Petersbourg, il conviendrait d'instituer un organe de coordination et de vigilance capable de porter non seulement la voix des chrétiens, mais aussi celle de toutes les victimes de discriminations et persécutions religieuses pour combattre et prévenir toute persécution religieuse, tant au plan juridique mondial qu'au niveau diplomatique international.
Quand l'intolérance religieuse devient un fait culturel, quand la discrimination religieuse s'établit comme une donnée juridique objective, ces deux premiers stades ouvrent alors le chemin à une troisième étape qui se nomme persécution.
En des temps où l'on s'interroge sur l’opportunité de promulguer en France une loi sur la reconnaissance ou non du génocide arménien du début du siècle dernier, considérant les réactions diplomatiques de la Turquie sur cette position, on mesure le chemin qui reste à parcourir... C'était pourtant bien une opposition entre une population turque musulmane et une population arménienne de tradition chrétienne !
Ce n'est pas pour autant qu'il faut baisser les bras dans cette exigence fondamentale du respect de nos différences. Y compris dans le domaine religieux !
Jean Bisson – 14 01 2012   (demain : AAA, suite d'une étiquette perdue...)
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23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 00:01

Conférence prononcée par Mustapha Cherif, le 16 août 2011, au Durus Mohamedia de Tlemcen sur le sujet : « Science et purification spirituelle » (Suite : 4° PARTIE : CONCLUSION

Le respect du lien entre ses différents niveaux, l’apparent et le caché, la raison et l’âme, le visible et l’invisible, fait défaut en notre temps. La science coupée du sens, de l’éthique, de la spiritualité et des finalités ne nous a pas donné la moindre garantie sur ses utilisations. Des traditionalistes disent qu’il eût fallu que la science ne quitte pas son tuteur religieux ; l’homme moderne pense qu’accrochée à son tuteur religieux la science n’aurait jamais pu fleurir ; ensuite en terme d’éthique, il se dit que toute technique est neutre et que son usage dépend de la conscience de son utilisateur, qui exerce sa liberté vers le bien ou vers le mal.

Que peut-on dire ? L’amputation du sens spirituel, Tawhid, la norme au dessus de toutes les normes, l’évacuation du rapport au mystère, al ghayb, qui concerne l’âme, l’esprit, le cœur, dans un rythme cosmique, ont déshumanisé. L’homme a régressé, réduit à une dimension biologique. Seuls les outils ont changé. Il a presque les mêmes instincts, alors qu’il faut le purifier, le faire évoluer, l’humaniser, le civiliser, l’équilibrer : parfaire son comportement. Les déséquilibres perturbent la société humaine contemporaine. Le musulman d’aujourd’hui n’accorde pas sa place essentielle, ni à la raison, ni à la purification de l’âmeIl y a lieu de renouveler notre regard sur la voie qui mène à la rectitude, à la civilisation, à la réalisation de l’homme total, din wa dunya, ummata el wassate. Il est urgent de se pencher sur nous même, chercher à nous prémunir et guérir de nos propres maux. Par la voie de la Tazkiya, sur la base de l’enseignement du Prophète sera possible le perfectionnement individuel et collectif.

Ce qui reste déterminant c’est l’éducation de l’âme, allié à la force de la raison. Entre science et spiritualité, les temps actuels exigent de retrouver le lien, dont il faut assurer les mécanismes durant tous les cycles de l’éducation. Susciter la synergie, la cohérence, sans confusion, ni séparation. Tawhid, wassatiya et el ilm nafaa, pour forger un être de la droiture el insan mustaquim, celui du berl agir, el mohsin dans la recherche du bonheur sur terre et du salut dans l’au-delà, le voyage vers Dieu. Le Prophète en faisait l’axe de sa mission : « Dis: Seigneur! Donnes-moi encore plus de savoir ». (S 20/V114). 

Mustapha Cherif

Je ne partage pas toujours les convictions de M. Cherif, mais je partage avec lui le libre droit d'expression qui permet l'ouverture au dialogue et qui assure le mutuel respect des différences.

Jean Bisson

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